AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 35 évidentes : en premier lieu, la transmission non écrite de cette sagesse que les Dogons vivent au quotidien, l’actualisant en permanence, car ce n’est pas un trésor enfoui dont ils auraient simplement gardé de pimpants atours pour les cérémonies rituelles ; ensuite, il y a eu trop longtemps – et elle perdure, d’ailleurs – malgré la généralisation du discours politiquement correct, une profonde méfiance, sinon carrément du mépris, à l’égard des capacités d’abstraction et de conceptualisation des peuples africains. Une précision s’impose ici : l’absence des écrits n’est pas synonyme d’une tradition exclusivement orale, car le savoir dogon est tout aussi, voire plus, chiffré dans des systèmes de signes idéographiques très complexes (proches des hiéroglyphes égyptiens, selon l’analyse fort documentée de Laird Scranton 2 ), qui ne passent pas forcément par la parole. Un fait qui désarçonne encore plus les chercheurs occidentaux, qui ne savent pas trop comment répertorier et approcher cet héritage culturel qui submerge les frontières des catégories familières et ne se laisse pas cadenasser par un « iste » facile, du genre animiste, monothéiste, fétichiste, chamaniste, etc. Frontières scientifiques ? Cosmogonie, astronomie et astrophysique, d’abord. Mais toujours à travers la fable. Nous avons ainsi Amma, le père de toutes choses, c’est le principe existentiel. Amma est potier, donc, pour créer, il prend une boule d’argile dans sa main et la pétrit jusqu’à en faire un œuf qui éclate pour donner naissance à la Terre et à la voûte céleste. Le peuple Dogon révère depuis la nuit des temps le symbole de cette création, l’étoile la plus visible et la plus étincelante – Sirius –, qu’ils appellent Sigi Tolo. Mais elle n’est pas seule ; invisibles, deux autres étoiles l’accompagnent. Il y aurait d’abord Pô Tolo , compacte et dense, que les Dogons mettent en rapport avec la graine fondamentale ; c’est la première étoile et la source de toute chose, l’équivalent de ce que, dans d’autres cosmogonie, on appelle l ’Oeuf du monde. Et puis, il y aurait encore une , plus petite, qui serait le correspondant analogique d’une autre graine, qu’on appelle Sorgho- femelle . Le plus étonnant, c’est que les astronomes n’ont découvert l’existence de la première, Pô Tolo – une naine blanche, qu’on appelle Sirius B – qu’à la fin du XIXe siècle. Ce sont les irrégularités du mouvement de Sirius A qui leur a mis la puce à l’oreille, mais sans qu’ils puissent l’observer et la mesurer avant 1959. Et il a fallu attendre encore un demi-siècle pour que d’autres irrégularités de mouvement orientent les astronomes vers le deuxième compagnon, Sirius C, pour l’instant, 2 Laird Scranton, Sacred Symbols of the Dogon. The Key to Advanced Science in the Ancient Egyptian Hieroglyphs , Rochester, Inner Traditions, 2007.

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