AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 45 qu’en ont les Africains eux-mêmes n’est pas une mince affaire. Le terme « mondialisation » est récent, il couvre cependant une réalité beaucoup plus ancienne. Les sources indiquent clairement que le mouvement qui a permis à l’art africain de féconder l’imaginaire des autres peuples a commencé au XVI e siècle. Les vocables art « primitif », « nègre », « colonial », « africain », « premier », désignent tous la même chose, la coloration différente étant due aux lentilles de l’idéologie dominante du moment, à la mode, ou aux réels besoins de renouvellement des perspectives esthétiques liées au visuel. Par la suite, en revanche, depuis le XVIII e siècle au moins, l’ouverture progressive vers le monde entier et les approches souvent invasives de l’islamisme ou du christianisme, concrétisés, aujourd’hui dans un tourisme culturel croissant, ont contribué à fragiliser ce patrimoine précieux. Le fait est que les pièces d’art africain « traditionnel », Dogon compris, font, depuis un siècle environ (depuis le cubisme essentiellement), l’objet d’un véritable engouement. Dans un premier temps, celui-ci s’expliquait par le fait que les artistes et les critiques qui s’y sont intéressés – à la sculpture du Mandé, par exemple – étaient fascinés par l’étonnante expressivité de ce « primitivisme », qui respirait une liberté authentique, sans les entraves et les canons culturels occidentaux. Mais au fond, il y avait surtout une mystification de l'objet, qu’on regardait comme l'expression de croyances secrètes et de rites primitifs dangereux, sanguinaires même et, à la limite, hors d'atteinte. Or, ceci va à contresens d'un esprit universel. Donc, si la sculpture africaine prouve bien l'existence d'un esprit créateur ou d'une esthétique globale, cela contredit la notion de culture primitive qu’elle serait censée représenter. Aujourd’hui encore, la perception occidentale de l’art africain en général, et Dogon en particulier, est influencée par des constructions intellectuelles stéréotypées qui sentent encore l’époque coloniale et font perdurer ce processus de « mystification » de l’art en privilégiant l'association entre certains objets et des rituels secrets. Les masques, ils n'étaient pas des sculptures comme les autres. Pas du tout. Ils étaient des choses magiques [...] Les Nègres [c'est-à-dire « l'art nègre »] ils étaient des intercesseurs [...]. Contre tout ; contre des esprits inconnus, menaçants. Je regardais toujours les fétiches. J'ai compris [...] Ils étaient des armes. Pour aider les gens à ne plus être les sujets des esprits, à devenir indépendants 13 . En dehors des sculptures, qui ont voyagé plus facilement, il existe bien, sur place, une architecture dogon d’une beauté et d’une harmonie 13 André Malraux, La tête d’obsidienne , Paris, 1974, p. 18.

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