AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 46 exceptionnelles, qui lui ont valu, dès 1989, l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette architecture traditionnelle a traversé les siècles, s’enrichissant au fur et à mesure d’éléments qui allient la fonctionnalité et l’esthétique, épousant le climat et la géographie particulière des lieux. Ainsi, les Dogons vivent dans un territoire rocheux et montagneux dans le centre de l’ouest du Mali, le long du massif de Bandiagara, qui jouit de paysages exceptionnels de falaises et de plateau de grès parsemés de belles constructions – habitats, greniers, autels, togunas aux portes magnifiquement sculptées, souvent peintes, ou ornées de motifs symbolisant le couple gémellaire ancestral. Leur intégration étroite et harmonieuse à l’environnement s’exprime dans les édifices troglodytes, des structures en briques de boue remarquables, empilées verticalement sur des falaises apparemment infranchissables, en rapport avec les traditions et rituels sacrés. Bandiagara est un milieu d’une rare beauté, mais également hostile et difficile d’accès. Les Dogons s’y sont installés au XV e siècle, trouvant dans cette nature sauvage un refuge qui répondait à leur nécessité de défense contre des envahisseurs nombreux et redoutables, s’employant à mettre à profit les contraintes physiques de l’endroit. Autant sur le haut plateau, que sur les flancs de la falaise, les habitants ont su exploiter le peu qu’ils ont trouvé sur place non seulement à des fins fonctionnelles, pour ériger des villages et des habitations ingénieuses, mais aussi pour inscrire dans la pierre et dans le bois leur conception de la vie et de la mort. Il y a quelques formes architecturales caractéristiques du pays Dogon, parmi lesquelles les togunas , qui abritent sous un auvent de branches soutenu par des poteaux de bois sculptés des bancs où les hommes se réunissent pour prendre les décisions importantes pour la communauté, et les sanctuaires totémiques ( binu ). Ces derniers sont très variés comme dimensions et décorations, le plus travaillé étant voué au prêtre Hogon, guide spirituel d’un ou de plusieurs villages, qui vit seul. Pour lire les signes de l’au-delà, il est souvent inspiré par un serpent, Lebè, dont le totem se trouve sculpté à côté de la porte de son logis. Sobre, élégant et sophistiqué, l’art dogon a émerveillé de nombreux artistes et collectionneurs européens au début du XX e siècle, parmi lesquels André Breton, Picasso, Giacometti ou Brancusi. Mais si, en Occident, la statuaire dogon est notamment perçue et jaugée à travers sa dimension purement artistique (à quelques exceptions près, toutefois), les peuples africains qui l’ont créée, sans y être insensibles, lui ont d’emblée accordé un rôle cérémoniel dans leurs rituels sacrés, un rôle ontologique, on pourrait dire, d’une puissance qui n’a pas son pareil dans les autres formes d’art ethniques. Et puis, les mythes envahissent l’imaginaire…

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