AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 61 psychologique. Or, il s’avéra que ce n’était pas le cas. D’où l’hypothèse qu’en fait les étudiants n’avaient pas adopté une attitude de contrôle, mais une attitude immersive. Marsh (2003) et ses collègues en concluaient que, lorsque nous lisons pour notre plaisir (ce qui est le cas lorsque nous lisons une fiction), nous nous immergeons dans le récit et sommes, de ce fait, moins enclins à nous engager dans les processus d’attention critique nécessaires pour noter et rejeter les informations fausses. Cette explication est plausible, car on peut admettre que la lecture d’une fiction n’incite guère à un contrôle attentionnel de la vérité ou fausseté des références singulières, puisque par convention pragmatique le lecteur d’une fiction est supposé ne pas s’embarrasser de cette question. Pourtant, elle construit sans doute une opposition trop forte entre lecture d’un texte factuel et lecture d’un texte de fiction. On peut en effet douter qu’adopter une attitude de distanciation critique soit réellement notre « attitude par défaut » face à des assertions qui prétendent nous livrer des informations factuelles. Les travaux du psychologue Daniel T. Gilbert (1990 et 1991) et de son équipe ont apporté des arguments expérimentaux forts en faveur de ce doute. Ils ont étudié plus particulièrement le contrôle attentionnel critique que nous exerçons (ou plutôt que nous n’exerçons pas) face aux informations par ouï-dire. Selon Gilbert, notre solution par défaut lorsqu’on nous transmet une information est de la croire. Toute information, « qu’elle soit vraie ou fausse, est initialement représentée comme vraie et il nous est difficile de corriger ce biais. » (1991, 2). Concrètement, cela signifie que, lorsque quelqu’un nous dit quelque chose, et que nous croyons qu’il croit vrai ce qu’il dit, notre solution, par défaut, n’est pas de construire le contenu de ce qu’il nous dit sous une forme dite « intensionnelle ». C’est-à-dire que nous ne nous représentons pas ce contenu comme étant celui de la croyance de quelqu’un d’autre. Nous avons, au contraire, tendance à intégrer ce contenu directement dans nos propres croyances. La raison semble résider dans le fait que « ne pas croire » exige une dépense cognitive plus grande que « croire » et que, toutes choses égales par ailleurs, nous préférons les « solutions » les plus économiques. On peut y ajouter un une autre hypothèse : notre crédulité est particulièrement grande lorsqu’on nous présente les informations sous la forme d’un récit. Il y a manifestement une capacité persuasive qui est inhérente au récit comme tel ou, pour être plus précis, qui est inhérente à l’acte narratif comme mode de (re)présentation. On sait, par exemple, que présenter des faits narrativement plutôt qu’à travers une suite de propositions non enchaînées temporellement facilite leur mémorisation et leur rappel, mais aussi augmente notre tendance à les accepter comme véridiques, c’est-à-dire à les mémoriser comme se référant à des réalités.

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