AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 60 même si elles entrent en conflit avec nos connaissances factuelles préalables. En fait, ces supposées nouvelles connaissances amènent souvent une restructuration de notre base de connaissances antérieure, au sens où elles nous amènent à considérer désormais comme fausses des connaissances préalables pourtant solidement ancrées dans notre image de la réalité. Mais le résultat le plus inattendu et le plus significatif est que l’acquisition de ces nouvelles croyances fausses, mais prises pour vraies, s’accompagne régulièrement de l’illusion que ces nouvelles croyances faisaient déjà partie préalablement de notre base de connaissances (« Je l’ai toujours déjà su ! »), alors même que, par ailleurs, nous nous souvenons (correctement) du fait de les avoir lus (aussi) dans les récits de fiction. Ainsi les fausses informations ayant leur source dans la fiction s’agrègent à la fois à la source narrative et à nos connaissances d’avant l’expérimentation. Marsh et alii en concluent au statut hybride des représentations fictionnelles, ce qui rejoint la thèse défendue par Rapaport et Shapiro. Mais les expériences révèlent aussi l’existence d’une perméabilité non prise en compte par ces derniers, à savoir le fait qu’il existe des migrations entre espace fictionnel et espace véridictionnel qui sont de nature non-consciente – donc relèvent de la contrebande –, et sont susceptibles de corrompre localement l’intégrité de la base de données véridictionnelle des consommateurs de fictions. Pourquoi les fictions sont-elles capables de produire aussi facilement des fausses croyances ? Plusieurs hypothèses explicatives ont été avancées. Une première explication est que, comme je l’ai déjà dit, dans un texte de fiction tout n’est pas nécessairement faux (ou vide) du point de vue référentiel. Il se pourrait que cette situation ambiguë pose des problèmes à la mise en œuvre d’une ségrégation satisfaisante entre espace fictionnel et espace des croyances. Mais cette réponse, si elle vaut sans doute pour le roman historique, n’est pas très pertinente pour les fictions utilisées dans l’expérience de Marsh qui n’invitaient nullement à surinvestir le texte de fonctions véridictionnelles. Une deuxième explication s’intéresse au mode de réception de la fiction. Marsh et ses collègues avaient mené leurs tests sur des étudiants d’université. Ils s’attendaient donc à ce que leurs cobayes adoptent une attitude de contrôle ( monitoring ) attentionnel, non immersif de ce qu’ils lisaient. Bien sûr les expérimentateurs savaient que le fait de lire un récit qui contient des informations qui vont être testés, donne naissance à un phénomène de « priming », c’est-à-dire à un renforcement mémoriel sélectif de ces informations, rendant plus lent le processus de séparation entre informations correctes et informations incorrectes, mais ils supposaient néanmoins que l’attitude de contrôle attentionnel des étudiants allait leur permettre de se méfier de cet effet purement
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