AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 66 objet évocateur qui conduit à la renégociation des frontières [établies] 1 » (Turkle, 22). L’écriture d’Aurélien Bellanger dans son roman, La théorie de l’information (2012), chroniquant les évolutions récentes des technologies numériques peut être qualifiée comme se livrant, à son tour, à une forme de « négociation » des frontières intermédiatiques, conduite sur le terrain poétique. En guise d’introduction à l’écriture de Bellanger, il sied de signaler d’emblée : son style poursuivant surtout un dynamisme de récit et une clarté d’expressionmaintenus (des fragments isolés des théories obscures ou tirés des traités scientifiques préfaçant chaque chapitre mis à part, car ceux-ci peuvent être dits appartenir à une variation de paratexte (Genette, 1-11) plutôt qu’au texte de roman en tant que tel) toute séquence se caractérisant par une richesse poétique plus prononcée ou une texture littéraire plus dense devient immédiatement notable ; ceci est tout aussi vrai pour les passages qui feront l’objet de l’analyse consécutive. Vu la thématique ‘informatique’ explorée dans le roman, il n’est pas sans intérêt d’observer que les passages qui se distinguent par une envolée poétique particulière coïncident assez régulièrement dans l’espace de l’ensemble de texte avec les moments qui abondent en matière riche d’un point de vue de la problématique intermédiatique. L’idée que nous avançons est qu’il ne s’agit, sans doute, pas d’une simple coïncidence, mais plutôt d’une nécessité profondément structurelle attestant du fait que les cas de l’interprétation des médias numériques par la voie de la poétique romanesque requièrent une mobilisation d’un arsenal plus significatif des moyens et outils expressifs littéraires. Il est décidément indicatif que le fragment exemplaire auquel on s’attaquera de très près, vue sa qualité emblématique d’un point de vue de l’intermédialité dans la fiction romanesque se déploie poétiquement de plein fouet à partir des lignes suivantes : « [...] France Télécom faisait son travail à l’aveugle, sans distinguer, parmi les flux d’information traités, ceux qui n’étaient pas générés par des conversations entre personnes humaines, mais par des dialogues entre machines. » (Bellanger 2 , 252). Le contexte de ce passage est le narrateur expliquant qu’à l’aube de l’Internet en France la société appartenant au protagoniste, prénommée Ithaque (le nom d’entreprise étant une référence explicite à l’île d’origine d’Ulysse) obtenait et puis, à son tour, fournissait l’accès à l’Internet en exploitant le « réseau vocal » du monopoliste national dans le domaine des télécommunications, France Télécom, i.e. , une ligne de téléphone ordinaire (TI, 252). 1 Traduction de l’anglais : « The computer is an evocative object that causes old boundaries to be renegotiated. » – notre traduction (M.B.). 2 Dorénavant désigné à l’aide du sigle TI, suivi du numéro de la page.
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