AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 67 Ce que le narrateur ne manque pas de spécifier est que la société montée par Pascal Ertanger, le protagoniste du roman, usait des lignes téléphoniques de France Télécom – malgré celles-ci n’étant pas les mieux adaptées à gérer l’afflux d’information précipité par le transfert des données ( i.e. , le trafic accru) – grâce à ce que Bellanger identifie dans son texte comme étant pratiquement un « vide juridique » (TI, 253), mais aussi dû au fait que le géant de télécommunications françaises de l’époque offrait ses services logistiques « à l’aveugle » sans faire la distinction entre « conversations [des] personnes humaines » et « dialogues [des] machines ». En d’autres termes, ce que le narrateur insinue (voir « télégraphie » assez directement) est que, techniquement, Ithaque ne faisait que s’accaparer des lignes téléphoniques contrôlées par un fournisseur de services téléphoniques de premier rang afin d’assurer l’accès à l’Internet à ses propres clients ( cf . notons l’expression « exploitation furtive » qui, son sens littéral mis à part, mérite une mention particulière en tant que connotant le cynisme avec lequel les faiblesses dans le système seraient exploitées tout en causant des « ralentissements » (TI, 253) comme le contexte narratif le laisse présager). Il est presque impossible de ne pas faire une lecture largement allégorique de l’équivalence que le passage cité ci-dessus dresse entre deux types de communication : celle se produisant entre les personnes parlant au téléphone et celle s’opérant entre les ordinateurs engagés dans le « dialogue » par la voie de la soi-disant connexion commutée (ou dial- up). Les mêmes lignes qui ont été mises en place afin de rendre possible l’échange des signaux vocaux (émis à haute voix) et privilégiant la communication verbale – devenant, suite à l’introduction de l’Internet, des lignes canalisant les données (le « data ») échangées au sein du réseau informatique est, en soi, une métaphore instantanée pour la transcription intermédiatique du numérique ( e.g. , ordinateurs ou de l’Internet) avec des moyens d’un médium essentiellement verbal, qui est le texte littéraire, et, par extension, la fiction romanesque. Serait-il utile de rappeler que l’analyse intermédiatique procède par la voie d’étude, problématisation et repérage dans le texte du principe de l’équivalence (à divers niveaux de son application) ? L’importance de cette équivalence particulière (entre les humains et les « machines » en compétition pour la même ligne : ligne téléphonique et ligne, voir alinéa, de texte) revient, tout au moins, à son rôle d’un « poteau indicateur » (soit dit au figuré) pour autant que cette image procure la cartographie initiale quant à la direction dans laquelle la métaphore se veut filée d’un paragraphe de texte à l’autre (et à travers la description toute entière qui sert de clôture au chapitre respectif du roman). C’est décidément le contexte littéraire (celui de l’écriture romanesque en l’occurrence) qui

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