AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 68 confère à cette équivalence non uniquement métaphorique mais, comme il se trouve, proprement technique une importance plus notable. Le paragraphe final du même chapitre du roman (Ch. 17) sera entièrement consacré à la thématisation et aux déclinaisons des différences et similarités entre la communication humaine et « machinique », à la distance les séparant et divers médiums ou interfaces employés pour assurer la transition entre les deux. Notons donc que dans un contexte théorique plus englobant, une conclusion préliminaire à retenir serait de signaler qu’un des scénarios (ou protocoles) que la fiction narrative peut suivre afin de s’accaparer desmédias numériques poétiquement est d’exercer une forme de détournement (ou appropriation) suivant le modèle de « diversion » se faisant subrepticement. Vu les connotations mentionnées et les circonstances narratives, cette voie de cooptation pourrait être appelée « hijacking » en anglais usuel, mais si l’on veut bienmarcher dans les traces des anthropologues, et principalement de Stephen Jay Gould, qui ont inspiré les critiques interdisciplinaires de faire usage des termes issus de la biologie évolutive pour parler de la réadaptation ingénieuse des traits au service des fins autres que la fonction originale dans l’architecture et les arts (Kunze, 127), il est possible de concevoir le processus poétisé par Bellanger comme le cas d’une « exaptation » littéraire. D’un point de vue purement formaliste, si on s’attaquait au texte presque « à l’aveugle » quant à sa thématique, pour reprendre l’expression tirée du passage cité ci-dessus, on peut démontrer que la dynamique de l’assimilation (ou contamination poétique) entre deux entités esquissées constitue, à un certain niveau d’abstraction (ce qui veut dire : abstraction totale faite du thème bien précis au profit de la structure et de la composition dans ce cas), un trope romanesque véritable (et pratiquement une pierre angulaire déterminant la composition du texte dans le genre littéraire en question), une figure si fondatrice que Catherine Gallouet même entretient l’idée de catégoriser ce trope comme constituant un « macro-topos » (Gallouet, 325) caractérisant le genre du roman dans l’ensemble. Une approche littéraire largement citée qui vient à l’esprit lorsqu’il s’agit de décortiquer l’organisation stylistique et rhétorique de la description romanesque d’une nature archétypique constitutive du topos en question est celle déployée par Jean Rousset dans son ouvrage indispensable, Leurs yeux se rencontrèrent : La scène de première vue dans le roman , dont l’utilité dépasse les contraintes de la matière nominale (en apparence, n’ayant rien en commun avec le thème de la description faisant l’objet de l’analyse en cours). Le chercheur détaille la dynamique régissant la progression du texte romanesque abordant les portraits des personnages qui sont censés avoir « une histoire » ensemble

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