AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 69 (aux implications romantiques, mais narratives aussi) lorsqu’ils échangent des regards pour la première fois (l’idée de l’échange prenant une signification poétique déterminante dans ce contexte). Rousset fait un constat qui peut être extrapolée à la description étudiée : un procédé typique permettant au discours romanesque de signaler le degré de « rapprochement » qui se produit entre les deux parties au niveau de la description consiste à les faire partager ou même échanger certains attributs, leurs signatures poétiques, si l’on veut bien. Schématiquement parlant, une méthode pratique visant à déceler les indices et les signes avant-coureurs intégrés dans les portraits des personnages reviendrait à faire attention à la façon dont l’auteur redistribue les traits et les marqueurs distinguant les deux personnages et, en définitive, emploie le langage qu’il avait réservé à l’un des deux pour parler de son vis-à-vis à l’issue de leur rencontre (Rousset, 40-46). Dans le cas étudié, il ne s’agit pas d’une entrevue entre deux personnages ni même d’une description spécialement portraitiste et pourtant, similairement, un « rapprochement » se produit au niveau de l’échange des attributs langagiers. Ce que l’alinéa clôturant en question spécifie d’emblée est que le bruit caractéristique d’un modem dit « dial-up » en train de se connecter à l’Internet n’ont virtuellement rien en commun avec les sons de la voix ; d’après l’assertion catégorique que l’alinéa avance d’entrée de jeu les sons émis par le gadget sont à peine comparables : « Rien ne ressemblait la voix humane moins que le bruit d’Internet transformé par les modems en un cri inarticulé » (TI, 252). Et pourtant, malgré l’intention déclarative de ce passage cité, ce qu’on voit se jouer dans l’espace de cette même phrase est une dynamique similaire de l’échange (et de contamination mutuelle) sous le couvert de l’apparence de la polarité présumée. Afin de postuler qu’il y ait une dissociation complète entre les deux termes de comparaison, ce que le texte fait effectivement est d’appliquer au bruit généré par le modem, même si d’une façon métaphorique, les catégories soit se référant à la voix ou insinuant son usage : « cri » et « articulation » (ou le manque de celle- ci suggéré par le mot « inarticulé », la signification de ce dernier étant lié à la parole humaine d’une façon encore plus étroite, dans le sens vocal tout spécialement). Le thème du langage (et de la conversation téléphonique comme métaphore pour la connexion entre les ordinateurs) se poursuit subrepticement dans le texte dans la phrase consécutive : « on entendait d’abord une courte succession de notes, qui formaient un thème interrogatif » (TI, 252). Le fait qu’une séquence musicale jouée par le modem est assimilée à la phrase interrogative soude l’image d’un PC s’engageant dans une conversation avec un autre ordinateur à distance en lançant celui-ci une question. Progressivement, on voit le principe moteur

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