AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 70 derrière la description se concrétiser : en développant cette métaphore filée, l’auteur paraît passer en revue, une par une, des traits que la conversation humaine (ou la langue tout court) peut avoir avec les étapes consécutives de la connexion « dial-up ». Les références ouvertes ou les clins d’œil dissimulés à la conversation téléphonique sont effectivement une stratégie permettant de court-circuiter les difficultés accompagnant typiquement la poétisation des médias numériques et de recentrer l’écriture sur l’objet sans doute plus préférable pour le discours romanesque qui est, à la fin des fins, la langue. Dans cette logique, il est également indicatif que le paragraphe se conclue par une tension, sinon une contradiction similaire, entre le contenu déclaratif postulant notamment que : « Le son [...] abandonn[ait] toute forme humaine », pour ensuite conclure le chapitre sur la note suivante : « l’oreille humaine prenait ses trilles complexes pour un souffle continu » (TI, 253). Il ne s’agit pas tout juste d’un « paradoxe » curieux ou même d’une exemplification d’une incohérence innée du texte de fiction qui recèle des lectures contradictoires et un surplus de sens qui dispose d’un potentiel de saboter le message primaire de l’ordre le plus superficiel, etc. Autre chose est en jeu d’un point de vue intermédiatique : le texte de roman décrivant les bruits produits par le modem en une « langue » métaphorique de divers types de sons émis par la bouche humaine (leur paradigme s’étendant des cris et vocaux et jusqu’au bruit de respiration) est simultanément une démonstration par la voie des moyens poétiques de la capacité dont la machine est dotée d’imiter, de mimer toute une gamme de manifestations de la « voix » humaine au cours de la description (le chapitre arrivant à sa fin textuellement, mais aussi, paraît-il, s’essoufflant quant à ses capabilités narratives au moment où la fréquence du son dépasse ultimement la faculté humaine de reconnaissance, ou de perception auditive). C’est cette capacité d’imitation, après tout, qui permet à l’ordinateur d’utiliser les lignes téléphoniques et de les réadapter pour le transfert des données de l’Internet. Tout comme Ceruzzi le rappelle, en relatant l’histoire de la mise en place initiale de l’Internet, à l’origine « le gadget nommé “modem” (modulateur-démodulateur) [...] convertissait les données d’ordinateur en tonalités audibles qui pouvaient être transmises par le biais des lignes téléphoniques ordinaires. 3 » (Ceruzzi, 53). Ce qui motive la structure de la description, à part l’enchaînement progressif des parallélismes intermédiatiques, est le déploiement du texte 3 Traduction de l’anglais : « device called “modem” (modulator-demodulator) [...] converted computer data into audio tones that could be transmitted over ordinary phone lines. » Notre traduction (M.B.).
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=