AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 93 penche sur les souvenirs de sa lignée pour qu’ils l’aident à s’en sortir. Le personnage cherche à comprendre le passé de sa famille et ainsi à se libérer des traumas de son passé. Le mal qu’il ressent est inexplicable pour les médecins, ainsi pense-t-il à chercher l’explication dans son héritage génétique : « car les médecins qu’il rencontre, pour arrêter sa chute, ne comprennent rien ; pourquoi cette douleur dans ses tempes, l’inflammation des racines de ses dents, les os du dos ? pourquoi son corps en feu treize ans après la mort du frère ? Treize ans et tout s’aggrave, nul ne parvient à l’aider. » (TNV, 64). La théorie du corps-mémoire à laquelle se fie Thésée énonce que chaque époque dépose une strate dans la matière : « La matière sait plus que les mots, plus que l’esprit ; en elle, des strates de temps sédimentent. » (TNV, 138). Quand il se rend compte que l’Allemagne ne lui offre pas ce qu’il espérait, le personnage fouille dans les archives familiales afin de comprendre la relation des membres de sa famille avec l’Allemagne, précisément leur contribution aux deux guerres. Il est de son devoir d’entreprendre cela et il le fait également au nom et pour le bien de Jérôme. Thésée remonte à la Première Guerre mondiale, qui lui a été dépeinte dans les lettres de Nissim, le frère de Talmaï, son arrière-grand- père. Nés à Andrinople et éduqués à l’Alliance israélite universelle, ils viennent en France pour y vivre en liberté et pour éviter les tyrannies. Quand « les nations européennes ont décidé de se battre pour déterminer laquelle sera la plus puissante, la plus universelle ; laquelle aura le droit, au nom de cet universel, d’asservir, de tuer et de coloniser. » (TNV, 204), Nissim part sur le front français pour défier l’ennemi allemand. Nissim envoie des lettres à son frère pour lui donner de ses nouvelles, en lui faisant aussi part des opérations militaires : « Je mène la vie la plus intéressante qui soit ; je suis accepté des goumiers et, depuis huit jours, je fais la guerre ; à Orchies, le 22, nous avons trouvé les territoriaux qui flanchent ; avec nos mitrailleuses, nous avons rejeté l’ennemi dans les bois. » (TNV, 211). Thésée commente cet échange épistolaire au fur et à mesure de la lecture, surtout au bénéfice de Jérôme, qui est censé comprendre, lui aussi, la correction des erreurs du passé de leur famille. Le Centenaire de la Grande Guerre en 2018, auquel Thésée participe par le biais des médias, est un moment de bilan et de méditation par rapport aux drames de l’histoire ; l’Histoire devient le champ d’action du Minotaure, qui a englouti des milliers de victimes, qui continue, même en période de paix, de prétendre bien des tributs humains : Moi, maintenant, juste cent ans après la fin de la Grande Guerre, alors que je relis les lettres de Nissim à son frère, l’ancêtre fragile, l’ancêtre caché, j’entends
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