AGAPES FRANCOPHONES 2022

Des « anthropophages » ou comment lire Montaigne _____________________________________________________________ ϭϭϵ tout petit nombre de penseurs à essayer de redresser cette attitude et pour l’époque, son discours serait « incorrect », contre l’air du temps. Le langage que nous appelons aujourd’hui pc ou pi ne peut, en aucun cas, s’appliquer aux essais de Montaigne parce que nous ne pouvons pas nous heurter seulement contre la surface des mots. Sa démonstration explore en profondeur les mots. Son raisonnement est juste et correct exactement parce qu’il est conscient que chaque perspective est relative. Ce que Montaigne essaie de faire est de démontrer que la vision eurocentriste n’est pas unique et qu’elle a des failles. Comme nous l’avons vu, le philosophe déclare : « Je pense avoir les opinions bonnes et saines; mais qui n’en croit autant des siennes ? » (641). Le jugement détient la plus grande valeur lorsqu’il faut cerner, évaluer et apprécier. Le mérite de Montaigne demeure incontestable : il est allé contre l’opinion commune, il a déraciné les clichés pour arriver au cœur du problème. La réflexion de Montaigne sur les peuples autochtones du Brésil expose, comme dans tous ses essais, la position modérée et équilibrée de l’auteur. Il met en question la politique et les approches excessives en démontrant que l’être humain ne peut pas détenir la vérité absolue et que les problèmes les plus graves et pernicieux d’une société, nation ou système surgissent au moment où l’homme est persuadé d’avoir raison de façon absolue. Le philosophe pour qui le principe essentiel est de douter de toute idée reçue et d’exposer les limites de l’humain, incluant les siennes, nous dit qu’il faut toujours voir le point de vue différent, voire opposé, qui vient des Autres. Les actions des Autres surprennent parce qu’elles sont différentes non pas parce qu’elles sont pires. La différence l’emporte et la tendance humaine est toujours de rejeter la différence par tous les moyens possibles. Montaigne nous fait réfléchir en révélant un point de vue susceptible de nous rendre plus corrects. Références bibliographiques Alber, Jean-Luc, « De l’euphémisation : considérations sur la rectitude politique », in Les mots du pouvoir: Sens et non-sens de la rhétorique internationale , Genève, Graduate Institute Publications, 2002. [En ligne]. <https://doi.org .10.4000/ books.iheid.2461> Chemin, Anne, « “Nègre”, ce mot lourd du racisme et des crimes qui l’ont forgé », Le Monde , 22 janvier 2021. [En ligne]. ф https://www.lemonde.fr/societe/article/ 2021/01/22/negre-ce-mot-lourd-du-racisme-et-des-crimes-qui-l-ont-forge_ 6067170_3224.html> Delâge, Denys, « L’histoire des Premières Nations, approches et orientations », Revue d’histoire de l’Amérique française , Volume 53, numéro 4, printemps 2000, p. 521- 527. [En ligne]. <https://www.erudit.org/fr/revues/haf/2000-v53-n4-haf214/ 005383ar.pdf> Gettler, Brian, « Les autochtones et l’histoire du Québec : Au-delà du négationnisme et du récit “nationaliste-conservateur” », Recherches amérindiennes au Québec , Vol. 46, n o 1, 2016, p. 7–18. [En ligne]. <https://www.erudit.org/fr/revues/raq/2016-v46- n1-raq02940/1038931ar> Farid, Georges, « La “Rectitude politique”: Hypocrisie ou politesse ? » Nouvelles Études Francophones (NEF) , Printemps 2009, Vol. 24, No. 1, p. 88-99. CIEF, University of Nebraska Press. <https://www.jstor.org/stable/25702187>

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