AGAPES FRANCOPHONES 2022

Théodore Cazaban, écrivain très politiquement incorrect. Quelques considérations sur Parages et sur Bramboura ou l’Esprit puni Gina PUIC Ă Université Ș tefan cel Mare de Suceava, Roumanie Résumé . L’article tente de montrer quelques-uns des traits anticonformistes- réactionnaires présents dans l’œuvre de Théodore Cazaban, écrivain roumain ayant vécu la majeure partie de sa vie en exil à Paris. Son unique roman, Parages (1963), de même que sa pièce de théâtre Bramboura ou l’Esprit puni (rédigée en 1964 et publiée en 2020, à titre posthume) enregistrent les signes du temps, avec une bonne distance critique. Les marques du progrès sociétal y sont présentes, mais pour mieux laisser percer le caractère ambivalent, et parfois funeste, du progrès. L’écrivain s’en prend ainsi, sous des formes voilées, littérairement très travaillées dans le roman, beaucoup plus directes dans la pièce, au culte de la jeunesse, à l’esprit de fronde sociale, voire aux avancées en matière de droits des femmes et autres. Mais tout cela semble dériver d’une vision de l’Histoire comme force quasi-démoniaque. Enfin et non en dernier lieu, il est à remarquer comment l’écriture littéraire de Cazaban présente cette autre facette du progrès, s’instituant ainsi comme lieu de liberté et comme vecteur de lucidité critique. Abstract . The article attempts to present some of the non-conformist-reactionary states in the work of Théodore Cazaban, a Romanian writer who spent most of his lifetime in exile in Paris. His only novel, Parages (1963), as well as the play Bramboura ou l'Esprit puni (edited in 1964 and published posthumously in 2020) record the signs of time, but with a good critical distance. Marks of social progress are present, but in order to better let the character of progress stand out as ambivalent, and sometimes fatal. In very well processed literary forms in the novel, much more directly in the play, the writer criticizes the cult of youth, the spirit of social frond, even developments in women's rights and others, which seem to derive from a vision of the writer about History as a quasi-demonic force. Last, but not least, it is noteworthy how the literary writing of Cazaban presents this other facet of progress, thus establishing itself as a place of freedom and vector of critical lucidity. Mots clés : antimoderne, critique du progrès, histoire, littérature, liberté Keywords : antimodern, criticism of progress, history, literature, freedom Il est des écrivains pour qui la littérature est Littérature, et cette dernière ne se trouve pas à l’aise dans ce que Kenneth White appelle « médiocratie », cette « caricature de la démocratie où le médiocre est la valeur de référence » (White 2009, 11), ce lieu où règnent entre autres la « platitude intellectuelle », le « convivialisme vulgaire » et « l’inquisition moralisatrice » (White 2009, 9-10). Ces écrivains « extrêmophiles » (White 2009, 9) sont les habitants d’un espace où la seule règle est « l’exception » (Sollers 1986, 11). On comprend alors qu’ils ne sauraient s’accommoder des idées reçues et se contenter de reprendre à leur compte les slogans acceptés tous azimuts à leur époque. Trop conscients de l’essentielle « fonction de l’écriture créatrice », à savoir la « fonction critique », que « le pouvoir politique continue d’être [...] incapable d’admettre et d’absorber » (Semprun

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