AGAPES FRANCOPHONES 2022

Théodore Cazaban, écrivain très politiquement incorrect. Quelques considérations sur Parages et sur Bramboura ou l’Esprit puni _____________________________________________________________ ϭϮϳ « Notre siècle n’offre peut-être pas de trait plus grotesque. Les gens, comiquement, se déclarent “jeunes” parce qu’ils ont entendu dire que le jeune homme a plus de droits que de devoirs, du fait qu’il peut ajourner l’accomplissement de ces derniers aux calendes grecques de la maturité. » (y Gasset 1961, 246-247) Enfin, participant d’un même mouvement d’opposition à la marche en avant de la société, il y a l’horreur, ressentie par Morsang devant les foules qui réclament des droits dans la rue ou carrément un changement de société, au risque de priver cette dernière, et plus largement l’humanité, de ce que Ortega Y Gasset, toujours, désignait sous le syntagme de « droit à la continuité » (y Gasset 1961, 40). Non sans humour, Cazaban fait ainsi défiler sur les Grands Boulevards parisiens (de Bastille aux Avenues… « Hitler premier » et « Staline IV » – 174) quelques-uns des porteurs du message d’une « Grande Révolution » tragiquement farcesque, présentée à travers un récit fait par son protagoniste pendant un examen psychanalytique qui lui est imposé à la Préfecture : à savoir « les étudiants de Science Po », les « agrégés de philo », « les objecteurs de conscience », les « bouilleurs de crus », enfin… le « Tout-Paris » (Cazaban 2020, 173), tous ligués contre Morsang, traité tour à tour de « Huguenot », « Catholique », « Armagnac », « Bourguignon », « espèce d’albigeois », « Papiste », « Nestorien, Monophysite, Ostrogoth, Infidèle, Cocu » (Cazaban 2020, 182). En guise de conclusion Ironique et paradoxale, moderne et antimoderne, l’écriture de Théodore Cazaban transporte des idées venant à l’encontre de la doxa contemporaine. Mais en dépit de ce vent contraire à sa réception, le lecteur devrait faire preuve d’une suffisante liberté d’esprit pour se rappeler que la littérature est là (aussi) pour nous affranchir « de nos façons convenues de penser la vie – la nôtre et celle des autres » (Compagnon 2007, 65-66) et qu’elle reste une école des contradictions, de l’incertitude et du doute, alors même que les propositions de certains auteurs sont proprement scandaleuses. Références bibliographiques Cazaban, Théodore, Parages , Paris, Gallimard, 1963. Cazaban, Theodor, Cotloane , traducere din limba francez ă de Olimpia Coroam ă , Cuvânt înainte de Gina Puic ă , Bucure ș ti, Institutul Cultural Român, 2018. Cazaban, Theodor, Bramboura ou l’Esprit puni / Brambura sau Spiritul pedepsit , préface de Gina Puic ă , version roumaine de Olimpia Coroam ă , Bucure ș ti, Institutul Cultural Român, 2020. Cioran, Œuvres , édition sous la direction de Yves Peyré, Paris, Gallimard, 1995. Compagnon, Antoine, Les antimodernes, de Joseph de Maistre à Roland Barthes , Paris, Gallimard, 2005. Compagnon, Antoine, La littérature, pour quoi faire ?, Paris, Librairie Arthème Fayard /Collège de France, 2007. Morin, Edgar, Mon chemin. Entretiens avec Djénane Kareh Tager , Paris, Fayard, 2008.

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