AGAPES FRANCOPHONES 2022

Faire bouger les lignes : ce que le politiquement (in)correct fait à la traductologie – et réciproquement 1 Nicolas FROELIGER Université de Paris, laboratoire CLILLAC-ARP (EA 3967), France Résumé . Que l’on se place du point de vue du citoyen, du traducteur ou du traductologue, il n’est pas aisé de définir ce que pourraient être le politiquement correct et le politiquement incorrect. Pourquoi ? Parce que la différence entre les deux, au moins dans notre domaine, est ténue, ou en tout cas instable. Plus qu’une opposition, il pourrait s’agir d’un mème, au sens que donne Dawkins de ce terme, acclimaté en traductologie par Chesterman (1997). C’est aussi un révélateur de notre époque : une époque qui serait celle d’un adieu à l’universel, d’une fragmentation du corps social. Telles sont les conclusions auxquelles parvient ce chapitre. La question n’est donc peut-être pas tant de déterminer ce que sont le politiquement correct et le politiquement incorrect, mais de savoir ce qu’ils font à la société, en nous servant pour cela du prisme de la traduction. Ce qui pose évidemment un problème de positionnement aux traducteurs, ainsi qu’à la traductologie. Il faut donc distinguer trois niveaux d’analyse. Il y a tout d’abord la façon de traduire le politiquement correct ou incorrect, ensuite ce que la traductologie peut avoir à dire sur cette problématique, et enfin ce que celle-ci peut amener à réviser dans la façon dont une approche qui se voudrait scientifique peut envisager la traduction en tant qu’opération, produit, et élément du lien social. Cette contribution explore donc ces différents aspects en s’appuyant sur un assez grand nombre d’exemples empruntés à l’histoire ou à l’actualité récente. Abstract . Defining political correctness or incorrectness in translation is by no means easy, whatever the vantage point: citizen, translator or translation studies scholar. Why is that? Because the difference between those two terms, at least in our field, is tenuous, or at least unstable. Rather than an opposition, we may be face with what Dawkins, then Chesterman (1997) have dubbed a meme (1997). This very subject is also quite revelatory of our times: a time that could be described as a farewell to the universal, one of dissolution of the social fabric. Those are the conclusions reached in this chapter. The question, therefore, is perhaps not so much to determine what political correctness and political incorrectness are, but to know what they do to society. This obviously poses a problem of positioning, both for translators and for translation studies. We must thus distinguish three levels of analysis. First of all, how are politically correct or incorrect phrases translated, then what does translation studies have to say about it, and finally what can it lead us to revise in the array of concepts available to translators and scholars? This contribution explores these different aspects, drawing on a variety of examples taken from history and recent events alike. Mots clés : traductologie, traduction, politiquement correct, politiquement incorrect Keywords : translation, translation studies, politically correct, politically incorrect 1 Cet article est fondé sur la conférence « Existe-t-il un traductologiquement correct – et faut-il y adhérer ?» présentée en session plénière au Colloque international d’études francophones (CIEFT) des 17 et 18 mars 2022. Le résumé est paru dans Politiquement (in)correct en francophonie.(In)Conformismes de la pensée et de la parole , Supplément à la revue Dialogues francophones , n°1/2022, p. 17.

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