AGAPES FRANCOPHONES 2022
Un art bienséant : comment l’argument du politiquement correct prescrit les pratiques théâtrales au Québec Sarah-Louise PELLETIER-MORIN Université du Québec à Montréal, Canada Résumé . Plus que tout autre art, le théâtre est assujetti à des normes de bienséance. Il n’est pas rare que la transgression de ces normes de bienséance entraîne des polémiques, scandales, controverses, bref des débats dans l’espace public. Au cours de la décennie 2010-2020, le Québec a été marqué par de vives controverses entourant l’art théâtral, autant de débats qui ont redéfini les limites de l’« acceptable » sur une scène théâtrale. Mon analyse se déploie en deux volets. Le premier volet vise à répondre à la question suivante : que considère-t-on comme politiquement incorrect au théâtre aujourd’hui au Québec ? Il s’agira de définir les limites de l’acceptable et, en creux, de dégager ce qui est jugé comme subversif et transgressif sur les planches. Le deuxième volet vise à identifier quels groupes mobilisent l’argument du « politiquement correct » dans l’espace public au Québec. Abstract . More than any other art, theater is subject to standards of propriety. It is not uncommon for the transgression of these standards of propriety by the creators of theatrical productions to lead to polemics, scandals, controversies, in short debates in the public space. During the 2010-2020 decade, Quebec was marked by lively controversies surrounding theatrical art, during which the limits of “acceptable” were redefined on a theatrical stage. My analysis unfolds in two parts. The first aims to answer the following question: what is considered politically incorrect in theater today in Quebec? It will be a question of defining the limits of the acceptable and, in hollow, of releasing what is judged as subversive and transgressive on the boards. The second part aims to identify which groups mobilize the argument of ‘political correctness’ in the public space in Quebec. Mots clés : théâtre, polémique, bienséance, espace public Keywords : theater, polemic, propriety, public sphere En juin 2018, deux polémiques publiques éclataient au Québec. Leur objet ? Un art trimillénaire, une pratique qu’on pensait moribonde, mais qui a pourtant montré qu’elle était toujours bien vivante, qu’elle pouvait même susciter les passions : le théâtre. Ce sont en effet deux pièces de théâtre qui ont suscité les débats de société les plus flamboyants au cours des cinq dernières années dans l’espace public québécois : les spectacles SLÀV et Kanata. Survol des polémiques théâtrales L’affaire SLÀV (2018) Les créateurs de la pièce SLÀV , Robert Lepage et Betty Bonifassi, ont présenté ce spectacle comme « une odyssée théâtrale, créée à partir des chants d’esclaves afro-américains ». Le premier texte qui a attiré l’attention sur la pièce a été rédigé par Marilou Craft le 5 décembre 2017, soit six mois avant le début des représentations. Dans ce texte, l’autrice questionne
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