AGAPES FRANCOPHONES 2022
Sarah-Louise PELLETIER-MORIN Université du Québec à Montréal, Canada _____________________________________________________________ ϭϰϴ certains choix de la production, en soulevant des enjeux relatifs à l’appropriation culturelle –Marilou Craft ne sait pas, alors, que la distribution de la pièce est majoritairement composée d’actrices blanches. SLÀV prend l’affiche au Théâtre du Nouveau Monde à la fin juin 2018, dans le cadre du Festival international de Jazz de Montréal et c’est à ce moment que la distribution, principalement blanche, est annoncée. Quelques jours avant les représentations, Nathalie Petrowski, chroniqueuse à La Presse , répond au texte de Marilou Craft, ce qui déclenche une vague de réactions sur les réseaux sociaux – la polémique est lancée. Des militants se réunissent et fondent le collectif « SLÀV Resistance », puis lancent une pétition pour dénoncer l’appropriation et le manque de diversité culturelle dans la pièce. Lors de la première représentation de SLÀV , le 26 juin 2018, des manifestants se retrouvent devant le TNM pour critiquer la pièce. Dans la foulée de ces protestations, Moses Sumney, l’une des têtes d’affiche du Festival de jazz, annule son spectacle par solidarité envers le collectif : « Récemment, j’ai été déçu d’apprendre que le Festival de jazz de Montréal réservait plusieurs soirées d’un spectacle appelé SL Ā V , dans lequel un groupe composé majoritairement de blancs, et dirigé par un metteur en scène québécois blanc, chante des chants d’esclaves afro-américains, parfois déguisés en esclaves et cueilleurs de coton 1 . » Le 4 juillet, le Festival de jazz (soit le producteur du spectacle) décide d’annuler les représentations ultérieures de la pièce. Une deuxième mouture du spectacle sera présentée dans certaines villes du Québec (St-Jérôme, Drummondville, Sherbrooke, Chicoutimi) durant les mois de janvier et de février 2019. L’affaire Kanata (2018) La pièce Kanata a été présentée par ses créateurs (Robert Lepage, Ariane Mnouchkine et les artistes du Théâtre du Soleil) comme « une relecture de l’histoire du Canada à travers le prisme des rapports entre Blancs et autochtones ». La polémique entourant cette création éclate en juillet 2018, dans la foulée des débats sur SLÀV, après qu’une lettre ouverte signée par dix-huit autochtones, paraisse dans les pages du Devoir . Dans cette lettre, on accuse les créateurs du spectacle de ne pas avoir inclus de comédiens autochtones sur les planches : « L’un des grands problèmes que nous avons au Canada, c’est d’arriver à nous faire respecter au quotidien par la majorité, parfois tricotée très serrée, même dans le milieu artistique. Notre invisibilité dans l’espace public, sur la scène, ne nous aide pas. Et cette invisibilité, madame Mnouchkine et monsieur Lepage ne semblent pas en tenir compte, car aucun membre de nos nations ne ferait partie de la pièce 2 ». 1 Mot partagé par Moses Sumney dans un gazouillis sur Twitter, le 3 juillet 2018. 2 « Encore une fois, l’aventure se passera sans nous, les Autochtones ? », Le Devoir, 14 juillet 2018.
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