AGAPES FRANCOPHONES 2022

Stéphanie Diane TSAKEU MAZAN University of Virginia, États-Unis _____________________________________________________________ ϭϲϴ lectorat sur la triste histoire des rapports entre la France et l’Afrique. La première partie a exploré les tactiques employées par l’écrivain peul pour marabouter le public français, notamment en célébrant Olivier de Sanderval comme un colonisateur exempt de la barbarie perpétrée par l’administration coloniale officielle. L’injustice que subit Olivier de Sanderval y occupe le devant de la scène, contrairement aux affres de la colonisation peintes dans un autre roman de l’auteur, Les écailles du ciel (1986). Dans la même lancée, l’héroïsme d’Addi Bâ dans Le terroriste noir n’a de poids que parce qu’il permet de mettre en exergue la violence inouïe de l’occupant allemand sur les Français, le combat mené dans les Vosges aux côtés de ses frères et sœurs d’âme ayant permis sa réhabilitation. Mettre Addi Bâ et la souffrance des Français pendant l’occupation allemande en premier plan permet de revenir sur le passé sombre de la France impériale escamoté dans le discours sur les bienfaits du colonialisme. L’occultation de la mémoire des soldats africains de la mémoire nationale officielle, la minimisation du poids des impôts et de la colonisation sur les populations africaines ainsi que le traitement discriminatoire et parfois xénophobe réservé aux Noirs et aux Arabes sont quelques manifestations et conséquences de la fracture coloniale. Ainsi, par l’entremise du jeu de mots et de la culture peule où tout est fait de biais 14 , et où les déclarations des nobles et de la classe politique ne doivent jamais être prises exclusivement au premier degré, Tierno Monénembo réhabilite des héros oubliés de l’histoire française qui ont pourtant œuvré à sa grandeur et à son rayonnement comme grande puissance, tout en levant un pan de voile sur le livre noir de l’impérialisme que la France politique s’obstine avec beaucoup de peine à garder fermé. Références bibliographiques Barthes, Roland, « Grammaire africaine », Mythologies, Paris, Seuil, 1957. Beti, Mongo, « Afrique noire, littérature rose », Présence Africaine, avril-juillet 1955, reproduit dans SAMBE, N o 25, janvier-juin 2015. [En ligne]. <https://mongobeti. arts.uwa.edu.au/Sambe25.pdf> Beti, Mongo, « L’Enfant noir, de Camara Laye », Présence Africaine, 1954. Blanchard, Pascal, Nicolas Bancel, Sandrine Lemaire (eds.), La Fracture coloniale. La société française au prisme de l’héritage colonial, Paris, La Découverte, 2006. Blanchard-Laizé, Anne, « La vie de mon grand-père est un roman » (entretien avec Bruno- Olivier de Sanderval), Ouest-France, 2013. [En ligne]. https://www.ouest - france.fr/la-vie-de-mon-grand-pere-est-un-roman-2526. (consulté le 21.01. 2017). Césaire, Aimé, Cahier d’un retour au pays natal , Paris, Présence Africaine, 1971 [1939]. Chamoiseau, Patrick, Écrire en pays dominé, Paris, Gallimard, 1997. Chanda, Tirthankar, « Tierno Monénembo revisite la colonisation » (interview), Jeune Afrique , 2 juin 2008. [En ligne]. <https://www.jeuneafrique.com/132568/culture /tierno-mon-nembo-revisite-la-colonisation> Coulibaly, Adama, « Métafiction historiographique ou le discours postmoderne de Peuls de Tierno Monénembo », Interculturel francophonies, n o 9, juin-juillet 2006, « Tierno Monénembo », textes réunis et présentés par Jacques Chevrier, Lecce, Alliance 14 Voir à ce propos mon article « Tierno Monénembo, un engagement de biais. Une lecture de L’aîné des orphelins » (Tsakeu Mazan 2019).

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