AGAPES FRANCOPHONES 2022
La réhabilitation des héros oubliés de la colonie dans le roman monénembien : entre autophagie du discours dominant et fracture coloniale _____________________________________________________________ ϭϲϳ qui s’étale sur plus d’un siècle, offre l’occasion au public français de célébrer le maquis de la Résistance et de condamner la déshumanisation des Français par leurs cousins germaniques. Or, dans une situation logique, le même engouement qu’à la France pour diaboliser l’enfer de la germanisation devrait l’être pour s’autocensurer face à la colonisation des Africains où la domination se mêle au racisme. Le maquis vosgien est célébré dans le roman de Tierno Monénembo – et son adaptation cinématographique – ainsi que dans plus d’une dizaine de travaux d’histoire publiés sur la question et dans une chanson dédiée au résistant Noir des Vosges Addi Bâ par Ken de Korrogo. 12 Or, les Africains qui ont lutté pour l’indépendance de leurs pays ont été taxés de terroristes et de maquisards, 13 par les politiciens et les idéologues du racisme de la nation française qui au 21 e siècle célèbre Addi Bâ, le « terroriste » noir et héros du maquis de la Délivrance. Cela montre à quel point le jeu de mots et plus précisément la relexicalisation des mots de la langue française pour parler des réalités africaines nécessitent d’être décryptés. Barthes fut l’un des premiers à théoriser sur la grammaire africaine dont l’écart des mots par rapport à la dénotation est défini comme suit : « D’une manière générale, c’est un langage qui fonctionne essentiellement comme un code, c’est-à-dire que les mots y ont un rapport nul ou contraire à leur contenu. C’est une écriture que l’on pourrait appeler cosmétique parce qu’elle vise à recouvrir les faits d’un bruit de langage, ou si l’on préfère du signe suffisant du langage. » (Barthes 1957, 128) Or, avec la fin de la colonisation blanche en Afrique et l’amélioration du niveau d’études, il devient très difficile pour le politique français de jouer avec le sens des mots étant donné que les intellectuels africains décodent et décryptent instantanément les non-dits contenus dans les discours alambiqués. Créer une « grammaire » pour cacher les vices de la Françafrique devient un véritable dilemme pour une bonne partie de la classe politique française dirigeante qui persévère dans le déni des affres de la colonisation, mais qui de plus en plus fait face à la pression des chercheurs et intellectuels français, africains et africanistes qui insistent sur la réécriture de l’histoire tronquée de l’empire français. Comme on peut le constater, les épopées d’Olivier de Sanderval et d’Addi Bâ étudiées dans cet article contrastent clairement avec les affres de la colonisation en Afrique que l’auteur expose de façon subtile à travers les jeux de langage. Conclusion Mon analyse s’est donnée pour ambition de montrer comment, par l’entremise du jeu littéraire, Tierno Monénembo attire l’attention de son 12 Voir à ce propos le site historique consacré à Addi Bâ par Étienne Guillermond (http://addiba.free.fr/accueil.html ). 13 Jusqu’à présent, les indépendantistes camerounais n’ont jamais été célébrés au Cameroun pour la simple raison que ceux qui y exercent le pouvoir sont à la solde de la Françafrique. Un maquisard au Cameroun est toujours perçu comme un terroriste par l’instance dirigeante actuelle, ce qui perpétue l’occultation de son héroïsme pour l’indépendance, même factice, du pays.
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