AGAPES FRANCOPHONES 2022

Saloua TOUATI Université de Sfax, Tunisie _____________________________________________________________ ϭϴϰ est-il possible qu’une personne comme Mme de Duras, qu’une femme du monde et qu’une femme, soit allée choisir une pareille donnée ? Mais c’est incroyable, c’est révoltant ? » (cité dans Pottier 2014, 177) On se demande in fine si écrire c’est se mettre dans la peau du personnage pour sublimer la douleur, la verbaliser et en faire une œuvre. L’œuvre durassienne réussit à marier deux configurations diverses : humaine/subjective et historique/ objective, la première étant politiquement incorrecte par rapport à la seconde. Claire de Duras n’écrit pas dans la norme, elle choisit d’aller vers les périphériques de l’ordre, de creuser dans l’altérité une forme d’anti-stigmatisation, elle a endossé la langue des opprimés et des laisser pour compte. Force est donc de constater que cette trilogie correspond à une définition assez particulière du récit : « Le récit est un phénomène d’envergure insidieusement actif dans la plupart des institutions humaines, et peut-être l’objet d’un tabou idéologique clandestin. » (Ricardou 1973, 25) En guise de conclusion, nous pouvons dire que Claire de Duras est viscéralement « écrit-veine », elle propose des personnages venus d’horizons assez différents mais dont le point commun est cette identité suspendue entre le littoral des origines et l’altitude des rêves. En dépit de cette fin univoque de la trilogie de madame de Duras, Ourika, Édouard et Olivier ou le Secret relèvent d’une écriture qui s’insurge contre le politiquement, le socialement et le culturellement correct à travers cet élan de l’anti stigmatisation raciale, sociale et sexuelle. Il n’est donc pas étonnant que son œuvre soit redécouverte aujourd’hui et que plusieurs chercheurs s’interrogent sur la modernité de son écriture et sur la ferveur de sa conscience écrivaine et « écri-veine ». Références bibliographiques Barthes, Roland, Roland Barthes par Roland Barthes , Paris, Éditions du Seuil, 1975. Benaglia, Cecilia, « Doxa/paradoxa : Roland Barthes et l’engagement hors-scène », MLN (Modern Language Notes), Vol. 132, n°4, 2017, p. 829-839. DOI : 10.1353/mln. 2017.0067. Benveniste, Émile, Problèmes de linguistique générale , II, Paris, Gallimard, 1974. Durand, Pascal, Les nouveaux mots du pouvoir. Abécédaire critique , Bruxelles, Éditions Aden, 2007. Duras, Madame de, Ourika. Édouard. Olivier ou le Secret, Paris, Gallimard, Coll. Folio Classiques, 2007. Forest, Philippe, Gérard Conio, Dictionnaire fondamental du français littéraire , Paris, Bordas, 1993. Foucault, Michel, L’ordre du discours , Paris, Gallimard, 1971. Goffman, Erving, Stigmate. Les usages sociaux des handicaps , traduit de l’anglais par Alain Kihm, Paris, Éditions de Minuit, 1975. Bertrand-Jennings, Chantal, « Condition féminine et impuissance sociale : les romans de la duchesse de Duras », Romantisme n°63, « Femmes écrites », 1989, p. 39-50. [En ligne]. <https://www.persee.fr/doc/roman_0048-8593_1989_num_19_63_ 5565> Jouve, Vincent, L’effet-personnage dans le roman, Paris, PUF, 2001. Maingueneau, Dominique, Manuel de linguistique pour les textes littéraires , Paris, Armand Colin, 2010. Mansfield, Harvey C., « Politiquement correct », Commentaire , n°83, 1998, p. 617-628. [En ligne]. <https://doi.org/10.3917/comm.083.0617>

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