AGAPES FRANCOPHONES 2022
Le(s) discours de l’Union européenne pour les États membres dans la crise frontalière biélorusse. Un Janus de discours politique et d’action _____________________________________________________________ ϱϱ La Pologne, la Lettonie et la Lituanie ont déclaré l’état d’urgence, capitalisant sur des affirmations largement diffusées selon lesquelles le nombre énorme de migrants constitue une menace pour la sécurité nationale. Par ailleurs, la Pologne n’a levé l’état d’urgence à la frontière biélorusse qu’en juillet 2022. 5 Une escalade du conflit entre l’UE et la Biélorussie, déclenchée par les sanctions imposées au régime totalitaire de Loukachenko, a empiré la situation dans la région, si bien que la Cour européenne des droits de l’homme (la « Cour EDH ») est intervenue, à la demande des migrants bloqués aux frontières, indiquant à la Pologne, la Lettonie et la Lituanie un ensemble de mesures provisoires dans les affaires pendantes devant elle. L’UE a pris position, condamnant à la fois le régime biélorusse et les pays frontaliers de l’UE engagés dans la situation frontalière impliquant des migrants, mais ce discours général a caché bien des incohérences. En effet, même la perception sur les données factuelles semble différer, non seulement entre les États membres de l’UE et les institutions européennes, mais aussi entre ces dernières : la situation semble être simultanément une « guerre hybride », une « crise » et « non une crise »… Les discours incohérents se doublent de mesures législatives faibles. Tout en proclamant la protection des droits de l’homme comme un objectif premier, peu est fait en termes de passage des mots aux actes, comme l’attestent les actions et déclarations incongrues du Parlement européen et de la Commission européenne. D’autre part, alors même que les États membres de l’UE avaient critiqué les tentatives de la Biélorussie d’instrumentaliser les êtres humains à des fins politiques, 6 ils n’ont cependant pas admis que la Pologne, la Lituanie et la Lettonie avaient également enfreint leurs obligations européennes et internationales en matière de droits humains. Peu de temps après l’éclatement de la crise à la frontière biélorusse, le 24 février 2022, la Russie a envahi l’Ukraine, déterminant une vague d’Ukrainiens à franchir les frontières de leur pays, à la recherche d’un abri contre l’attaque. La Pologne a accueilli les Ukrainiens, mais a continué à maintenir un double standard pour les migrants, les demandeurs d’asile et les réfugiés d’autres pays d’origine, y compris les non-Ukrainiens fuyant la guerre en Ukraine. 7 Aux frontières de la Pologne, The Guardian rapporte une réalité brutale : « Je regarde les soldats aider les femmes et les enfants ukrainiens avec leurs lourds bagages. Je les regarde jouer avec les enfants et caresser leurs visages. Au fur et à mesure que la scène se déroule, je ne peux m’empêcher de 5 Agnieszka Bielecka, « Poland Finally Lifts State of Emergency at Belarus Border », Human Rights Watch , 6 juillet 2022. (https://www.hrw.org/news/2022/07/06/poland- finally-lifts-state-emergency-belarus-border). (consulté le 20 novembre 2022). 6 Par exemple, le diplomate européen Josep Borrell. (https://www.bbc.com/news/world- europe-59289998). (consulté le 20 novembre 2022). 7 UNHR - United Nations Human Rights, « UN expert praises generosity towards Ukrainian refugees by Poland and urges Belarus and Poland to end pushbacks », communiqué de presse, 28 juillet 2022. (https://www.ohchr.org/en/press-releases/2022 /07/un-expert-praises-generosity-towards-ukrainian-refugees-poland-and-urges). (consulté le 20 novembre 2022).
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