AGAPES FRANCOPHONES 2022

Être ou ne pas être (Charlie). Rire, violence verbale, liberté d’expression 1 Salvatore DI PIAZZA Università degli Studi di Palermo, Italia Résumé . Dans cet article, en partant du cas exemplaire de Charlie Hebdo, nous discutons de la manière dont le thème du rire s’entrelace avec celui de la liberté d’expression. Plus précisément, nous tentons de répondre à questions suivantes : comment le cadre comique peut-il modifier l’espace de la liberté d’expression ? Tout peut-il être dit dans ce type de cadre ? Le rire peut-il être à la fois un antidote et un amplificateur de la violence verbale ? Abstract . In this article, starting with the exemplary case of Charlie Hebdo, we discuss the way in which the theme of laughter is intertwined with that of freedom of expression. More precisely, we try to answer the following questions: how can the comic framework modify the space of freedom of expression? Can everything be said within this kind of framework? Can laughter be both an antidote and an enhancer of verbal violence? Mots clés : satire, liberté d’expression, hate speech , pouvoir, violence verbale Keywords : satire, free speech, hate speech, power, verbal violence 1. Introduction L’attentat du 7 janvier 2015 à Paris contre le siège du journal hebdomadaire satirique Charlie Hebdo a représenté, à bien des égards, un véritable point de non-retour. Parmi les diverses questions qui ont (ré)émergé à la suite de cet attentat, il y en a plusieurs de nature théorique, dont, sans aucun doute, celle concernant la relation – complexe et intriquée – entre le rire qui désacralise, la liberté d’expression et la violence verbale. Bien entendu, cette question n’a pas été soulevée lors de l’attaque contre le journal français, mais il ne fait aucun doute que le débat a pris de l’ampleur depuis lors, notamment en raison des proportions de la tragédie. Dans les pages qui suivent, en prenant Charlie Hebdo comme point de référence, nous allons voir comment le thème du rire met en jeu la question des limites possibles de la liberté d’expression ; en d’autres mots, peut-on tout dire dans un cadre comique désacralisant ? Ou encore, y a-t-il l des limites au-delà desquelles nous ne pouvons pas aller ? Pour répondre à ces interrogations, deux questions d’extrême actualité doivent être prises au sérieux : si les mots peuvent exercer une forme de violence symbolique, qu’est-ce qu’il faut faire avec le rire désacralisant s’il risque de produire ce type de violence ? Et, donc, l’effet comique peut-il être un sauf-conduit pour pouvoir « tout dire » ? À la 1 Cet article est fondé sur l’intervention intitulée « Être ou ne pas être (Charlie) : la satire entre violence verbale et liberté d’expression » au Colloque international d’études francophones (CIEFT) des 17 et 18 mars 2022. Le résumé est paru dans Politiquement (in)correct en francophonie. (In)Conformismes de la pensée et de la parole , Supplément à la revue Dialogues francophones , n°1/2022, p. 23. Les questions abordées dans l’article sont également discutées, bien qu’avec quelques différences, dans Di Piazza (2022).

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