AGAPES FRANCOPHONES 2022
Salvatore DI PIAZZA Università degli Studi di Palermo, Italia _____________________________________________________________ 82 honnête et de bon goût, l’homme vraiment libre ( charìeis kai eleuthèrios ) sera dans ses relations comme une loi perpétuelle pour lui-même ( nomos on eautò ) ». Or, comme il s’agit d’une médiation entre deux excès, nous savons combien cela est difficile à saisir pour Aristote lui-même. C’est comme si, dans l’exercice de la satire, nous devions être conscients de cette difficulté et des risques qu’elle comporte. Un risque, après tout, qui n’est pas différent de celui qu’assume le parresiaste , surtout si l’on considère la parresia comme une technique conjecturale et faillible, comme en parle Philodème de Gadara et comme elle apparaît, à bien des égards, dans un fragment de Démocrite (B 226 D.-.K. apud Stobée, Églogues, III, 13, 47) où nous lisons que « la parresia est la caractéristique propre de la liberté, mais elle implique une entreprise risquée, la reconnaissance de ce qui est opportun » ( tou kairou diagnosis ). Une variante, donc, du jeu parresiastique foucaldien : ne pas dire nécessairement la vérité, mais tout dire sous la forme que nous voulons, avec les risques que cela comporte en fonction de la capacité de tolérance de celui dont nous nous moquons et du tiers, le public. Dans ce cas également, il nous semble donc que le risque que prend l’humoriste/parresiaste est celui de naviguer sans règles rigides à suivre mais en étant, pour citer Aristote, une loi perpétuelle pour lui-même. Références bibliographiques Angenot, Marc, « Malaise dans l’esprit de moquerie et de satire : la passion de censure et ses progrès », in Cédric Passard et Denis Ramond (dir.), De quoi se moque-t-on ? Satire et liberté d’expression , Paris, CNRS Editions, 2021, p. 363-387. Apte, Mahadev, Humour et rire. Une approche anthropologique, Londres, Ithaca, 1985. Aristote, Éthique à Nicomaque , traduction de Richard Bodéüs, Paris, GF Flammarion, 2004. Bergson, Henry, Le rire. Essai sur la signification du comique , Paris, Félix Alcan, 1900. Bettini, Maurizio, « Ridere degli dèi nell’antichità classica », in Maurizio Bettini, Massimo Raveri et Francesco Remotti (dir.), Ridere degli dèi, ridere con gli dei , Bologna, Il Mulino, 2020, p. 69-102. Billig, Michael, Laughter and Ridicule: Towards a Social Critique of Humour, Londres, Sage, 2005. Canetti, Elias, Masse et Puissance , traduit de l’allemand par Robert Rovini, Paris, Gallimard, 1966 [1960]. Ceccarelli, Fabio, Sorriso e riso. Saggio di antropologia biosociale, Turin, Einaudi, 1988. Constitution de la République italienne (version en italien). [En ligne]. <https://www.se nato.it/istituzione/la-costituzione> . (consulté le 26 décembre 2022). Di Piazza, Salvatore, «Risus abundat? Al confine tra libertà di espressione e violenza verbale», in Salvatore Di Piazza et Alessandro Spena (dir.), Parole cattive. La libertà di espressione tra linguaggio, diritto e filosofia , Rome, Quodlibet, 2022, p. 87-98. Dynel, Marta, « Humour and (mock) aggression: Distinguishing cyberbullying from roasting », Language & Communication , n o 81, 2021, p. 17-36. Eco, Umberto, « Intellectual Autobiography », in Sara Beardsworth et Randall Auxie (eds.), The Philosophy of Umberto Eco, vol. 35, Chicago, Open Court, Coll. Library of the Living Philosophers, 2017, p. 1-65. Philodemus, On Frank Criticism , introduction, traduction et notes de David Konstan et al, Atlanta, Scholars Press, 1998.
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