AGAPES FRANCOPHONES 2023
Délit(s) politique(s) et crime(s) contre l’humanité chez Jean-Luc Coatalem 153 présent renvoient à la Seconde Guerre mondiale, dans le roman Le dernier roi d’Angkor , Coatalem retourne dans le Cambodge des années 1970, sous la domination des Khmers Rouges. Intrigué par l’apparition et la disparition de l’enfant cambodgien Bouk, l’auteur-narrateur interroge le passé à travers une enquête qui vise à évaluer l’impact psychologique du régime des Khmers rouges sur l’enfant Bouk, exilé en France, incapable de sortir de son silence et de se détacher de son passé traumatique. Pour analyser les notions de « délit » et de « crime », nous avons l’intention de faire une halte dans la littérature contemporaine, en insistant sur les deux récits de filiation de Jean-Luc Coatalem qui propose une incursion dans l’Histoire pour saisir ses effets nuisibles sur l’histoire. En se servant d’une approche psychogénéalogique, notre travail va approcher les traumas psychiques du présent comme produits d’un passé obscur et jamais saisi dans sa totalité. Finalement, à travers cette littérature-symptôme de la violence de l’Histoire, notre étude essaie d’illustrer le double enjeu d’une écriture qui, donnée comme réponse aux délits du passé, risque de commettre un autre délit par la prise de la parole. 1. Délits politiques et crimes traduits à la littérature : les récits de filiation Intéressée depuis toujours « aux questions de parenté, aux liens du sang, aux structures familiales » (Viart 2011, §2), la littérature contemporaine enregistre une vraie mutation esthétique au cours des années 1980 par la multiplication des écritures de soi, regroupées sous l’égide récits de filiation . L’élément de nouveauté de ces écritures n’est pas la seule thématique, mais plutôt leur forme, placée entre les genres de la « fiction » et de la « non-fiction », marquée par le souci du réel. (R)évolution de l’autobiographie traditionnelle qui ne répond plus aux exigences d’une modernité défaite, trahie dans ses idéaux, les récits de filiation se construisent le plus souvent comme réponse contre les injustices d’un passé qui pèse lourd sur le présent. Convaincu par l’idée que les destins des individus s’articulent sur « la marche en avant de l’Histoire » (2005, 102), Dominique Viart place la genèse de ces écritures dans le contexte d’une humanité qui n’a plus cette conscience du progrès (2005, 102). C’est à ce point que la littérature des années 1980 se remarque : victimes directes de la violence de guerres, des
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=