AGAPES FRANCOPHONES 2023

Andreea-Roxana DOBRESCU Université de l’Ouest de Timișoara, Roumanie 154 conflits politiques, des abus, ou bien descendants de ces victimes, ces écrivains font une incursion dans le passé, privilégiant le dialogue entre Histoire et histoire par l’entremise d’une véritable enquête généalogique et archéologique à la fois. Les crimes et les délits politiques surgissent dans l’univers romanesque par l’étude de l’Histoire du siècle passé comme modalité de saisir combien ces événements affectent la structure et la cohésion de la famille, risquant de détruire la continuité généalogique. Ouvrant son livre par la question « Peut-on imaginer des textes qui soient à la fois histoire et littérature ? » (2014, 7), Ivan Jablonka suggère déjà les possibilités d’une écriture hybride où les deux sciences se rencontrent. En témoignent les récits de filiation dont la dilution formelle, les multiples prises de contact avec l’Histoire, les enquêtes, tout comme le souci de la documentation permettent une étude de la micro-histoire (des individus ordinaires, de ces existences minuscules) à travers l’auscultation de la macro-histoire (les grands événements d’une époque). Cette nouvelle voie de l’écriture contemporaine, entre fiction et non-fiction, entre Littérature et Histoire, trouve sa place au sein des idées énoncées par Jablonka, mais aussi par Hayden White qui parle du travail d’interprétation et des procédés littéraires employés par les historiens et par les écrivains à la fois pour décoder le passé (1985, 6-7). Dépassant les catégories restrictives du réel et de l’imaginaire, du factuel et du fictionnel, cette littérature documentaire et documentée en même temps se sert de la macro-histoire et des documents pour écrire la micro- histoire, pour retrouver, à travers mémoire et oubli, ce que Viart appelle « la pièce manquante » (2009, 102). Docu-roman ou « narration documentaire », pour nous servir de la formule de Lionel Ruffel (2012), le détour occasionné par l’absence des figures familiales marque deux moments importants pour l’architecture du récit : il est d’abord un recueil d’informations, de bribes que l’écrivain-archéologue a collectées, mais il est aussi une enquête qui vise à vérifier ces données, à mieux saisir la vérité. Dans les récits de filiation, l’écriture impose une « quête et une enquête, car les identités se construisent, se forment et se déforment dans la famille » (Jișa 2018, 8), mais ces familles sont intégrées enmême temps dans un contexte plus ample où historie familiale et Histoire générale s’enchevêtrent. (Jișa 2018, 12). Vivant dans un « présent vicié par le passé », dans un présent

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=