AGAPES FRANCOPHONES 2023
Délit(s) politique(s) et crime(s) contre l’humanité chez Jean-Luc Coatalem 155 empoisonné par le mutisme, par un sentiment général que le passé n’a pas été élucidé et suffisamment expliqué (Viart 2009, 106), les écrivains font halte dans l’Histoire pour essayer de combler les lacunes de la mémoire, pour essayer de trouver les réponses qui les hantent depuis toujours. Jean Luc Coatalem s’attache lui aussi à la problématique du traumatisme psychique causé par la violence des événements du siècle passé. Dans La part du fils , il s’agit de la mort de son grand-père Paol, déporté dans les camps de concentration nazis, qui impose un détour dans l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale et des atrocités commis par les nazis. Parti à la recherche de son grand-père Paol, contre la volonté de son père Pierre, l’auteur-narrateur décrit avec minutie les crimes contre l’humanité, les nombreux délits par l’entremise d’un véritable arsenal documentaire : archives, constats de la police, témoignages, photographies, enregistrements, tout cela pour tenter de « visualiser » et de dépasser les traumas du passé. Le dernier roi d’Angkor s’attache aussi à la problématique de la famille, des relations obliques, d’une filiation inattendue par l’évocation du personnage Bouk, enfant asiatique, possible parent de l’auteur-narrateur. Le silence des autres membres de la famille sur l’existence de Bouk, sur son apparition et ensuite sur sa disparition, le mutisme de Bouk, tari dans le silence, occasionnent une enquête par laquelle l’auteur-narrateur tente de saisir la nature de ce silence. À travers cette investigation qui revisite les tensions politiques du Cambodge des années 1970, l’auteur-narrateur en archéologue consulte les archives, collecte des témoignages, tous cela pour essayer de comprendre le malaise de Bouk, enfant-victime qui, réfugié en France, avait échappé à la violence du régime des Khmers rouges. Nés du désastre du XX e siècle, les récits de filiation prennent conscience de leur statut particulier : entre fiction et non-fiction, ils obéissent à l’impératif du réel et de la documentation. En réponse à une génération qui refuse de parler, ces écrivains s’attardent avec minutie sur les horreurs du siècle passé, sur les délits et sur les crimes politiques pour expliquer la nature de ce mutisme général qui « nous dit que le silence n’est pas simplement personnel ni familial, qu’il est plus vaste : social, historique. Qu’il induit une conscience spécifique du temps sur laquelle notre époque et sa littérature (sans doute aussi, plus largement, sa culture) reposent. » (Viart 2009, 102).
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=