AGAPES FRANCOPHONES 2023

De quelques (tentatives de) transgressions culturelles dans L’Amour, la fantasia d’Assia Djebar Salma LAHRAOUI Université Mohammed V de Rabat, Maroc Résumé. Dans L’Amour, la fantasia, Assia Djebar laisse transparaître sa volonté de centraliser le sujet dominé. Un désir, essentiellement, manifeste tantôt dans la présence d’un narrateur hétérodiégétique assumant une présence constante dans le récit tantôt dans l’image d’un narrateur homodiégétique prenant en charge celui-ci en tant que personnage principal et/ ou secondaire. Dans les deux cas, le subalterne se réapproprie le droit de parler de soi et pour soi. Sa voix jaillit des ténèbres, elle circule et franchit les confins des interdits pour, finalement, engendrer une forme de résistance aux structures dominantes. Celle-ci ne peut s’accomplir sans la dotation des personnages mis en place d’une présence pleine et tangible. Une consistance qui se réalise essentiellement à travers un processus de révélation de leurs voix et de dévoilement de leurs corps. Dans le cas de la femme, le projet transgressif s’avère être difficile puisqu’elle est aux prises d’une double oppression patriarcale : française et algérienne. Abstract. (Some (attempted) cultural transgressions in Assia Djebar’s L’Amour, la fantasia ). In L’Amour, la fantasia , Assia Djebar reveals her desire to centralize the dominated subject. A desire which essentially manifests either in the presence of a heterodiegetic narrator assuming a constant presence in the story, or rather in the image of a homodiegetic narrator taking charge of it as a main and/or secondary character. In both cases, the subordinate regains the right to speak about and for himself. His voice springs from darkness. It circulates and goes across the confines of prohibitions to finally engender a form of resistance facing dominant structures. This cannot be achieved unless the characters in the play are given a full, tangible presence. A consistency that is essentially achieved through a process of revealing characters’ voices and unveiling their bodies. In woman’s case, the transgressive project proves its complexity since the subject is struggling with a double patriarchal oppression: French and Algerian. Mots-clés : femme, patriarcat, interdiction, transgression, voix, corps Keywords : women, patriarchy, interdiction, transgression, voice, body Introduction Les subalternes peuvent-elles parler ? (Spivak 2006) : c’est la question qui anime la réflexion de Gayatri Chakravorty Spivak autour de l’inaudibilité des subalternes. Au premier abord, la structure de cette interrogation oratoire attire notre attention. Dans celle-ci, le pronom personnel « elles », reprenant le groupe nominal « les subalternes », démasque le groupe affecté par cette subordination. Il s’agit des femmes qui sont, selon elle, toujours tenues dans l’ombre (Spivak 2006, 53). Dans son essai éponyme, elle s’engage à critiquer toute forme de domination passant par la réduction et/ ou par l’exclusion. De ce

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