AGAPES FRANCOPHONES 2023

Salma LAHRAOUI Université Mohammed V de Rabat, Maroc 198 fait, Spivak réprimande les structures hégémoniques ainsi que les politiques de représentations qui évincent ces groupes de la sphère publique, mais aussi intime. Dans ce sens, elle montre que la littérature, son champ d’enquête privilégié, dispose de moults ressources susceptibles d’interroger et de lutter contre toute expression de subalternité. La scène littéraire postcoloniale maghrébine en est l’exemple le plus palpable. À l’image de Spivak, Assia Djebar opère « une valorisation indiscutée de l’opprimé en tant que sujet » (Spivak 2006, 21). Dans L’Amour, la fantasi a 1 , elle conçoit une scène romanesque au sein de laquelle le sujet subalterne occupe la centralité du récit. Il s’agit pour Djebar de dépasser les improbités des structures dominantes afin que la parole de ces groupes marginalisés fasse écho. En effet, l’examen des différentes instances narratives et énonciatives régissant cette œuvre nous permet d’avancer que plusieurs personnages jaillissent des ténèbres à la lumière. De ce fait, il importe dans ce travail de mettre la lumière sur quelques voix transgressives tout en dévoilant les circonstances de leur prise de parole. Cependant, caractérisée par la centralité du sujet dominé, la scène romanesque postcoloniale n’assure pas uniquement au subalterne un passage de sa voix de l’ombre à la lumière. En effet, elle se trouve être aussi un espace privilégié de dévoilement de son corps tenu derrière le mur des limites culturelles et politiques. Ces dernières sont tracées ainsi qu’imposées par les structures hégémoniques. Il s’ensuit que la visibilité du corps féminin se retrouve confrontée à plusieurs contraintes. En témoigne L’Amour, la fantasia qui laisse transparaître un abondant arsenal d’interdictions culturelles affirmées par le patriarcat algérien. Une autorité qui met en place un vaste système d’oppression à l’encontre de la femme en érigeant en principe son silence et l’invisibilité de son corps. En effet, d’emblée, nous remarquons que dans L’Amour, la fantasia , deux instances prépotentes sont à considérer. D’une part, l’emprise française a prospéré pendant la guerre d’indépendance. D’une autre part, l’État algérien fleurit à l’issue de la colonisation. La ressemblance entre ces deux structures est flagrante. Elle se fonde essentiellement sur la perpétuation de la puissance de l’homme au désavantage de la femme. Une oppression qui va de 1 Dorénavant désigné à l’aide du sigle LALF, suivi du numéro de la page.

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