AGAPES FRANCOPHONES 2023

De quelques (tentatives de) transgressions culturelles dans L’Amour, la fantasia d’Assia Djebar 199 pair avec les multiples tentatives féminines d’affrontement de ces exigences d’origine culturelle ou encore politique qui les enferme dans un labyrinthe de prohibitions. Nous nous attacherons dans ce travail à l’étude de quelques transgressions ou tentatives de transgressions culturelles. Le cas de la femme fera l’objet de notre réflexion. Une première partie est consacrée à l’avènement de voix féminines. Nous axerons notre analyse sur le personnage de Chérifa . Une deuxième partie traite la confrontation du corps féminin au patriarcat algérien. 1. Pour l’avènement de voix muselées. Exemple du personnage « Chérifa » Dans L’Amour, la fantasia , il est aisé de percevoir l’intérêt que porte Djebar à la voix et à la parole. En témoigne l’examen de la « Table des matières » où nous observons la récurrence du substantif « voix » 2 dans les intitulés de quelques chapitres de la troisième partie dont le titre même de celle-ci : « Les voix ensevelies » (LALF, 159-314). Conçue en cinq mouvements qui réitèrent le même schème, cette partie fait appel à deux remarques qui nous semblent être importantes à soulever. D’un côté, nous observons, au premier abord, que la voix est traduite dans ses différents degrés d’intensité. En effet, ce thème n’est pas uniquement suggéré par le substantif « voix ». Notons qu’un large champ lexical de celui-ci se développe tout au long de la « Table des matières » à travers les termes : « Clameur », « L’aphasie », « Murmures », « La complainte », « Chuchotements », « Le cri », « Conciliabules » et « Soliloque » (LALF, 316). C’est un arsenal lexical qui nous entraîne dans les sons perçants et aigus et nous conduit vers des timbres de voix bas et sourds allant jusqu’à la mutité. Sans oublier la référence donnée au monologue dans le cinquième mouvement. C’est un discours qui permet la prise de conscience par la parole et, ainsi, l’expression des sentiments et des pensées des personnages féminins. D’un autre côté, la lecture de cette troisième partie montre qu’elle juxtapose moults voix féminines dont le timbre se meut et la nature diffère. Ainsi, en plus du « je » de la narratrice qui jalonne, d’ailleurs, toute l’œuvre, cette partie voit se proliférer d’autres voix anonymes dont certaines se 2 En effet, il est à mentionner que dans la troisième partie, Djebar accorde à neuf chapitres dont la troisième partie l ’ intitulé « Voix ». C ’ est un choix qui témoigne de l ’ importance donnée à ce thème dans l ’ économie générale de l ’œuvre.

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