AGAPES FRANCOPHONES 2023

Salma LAHRAOUI Université Mohammed V de Rabat, Maroc 210 secoué d’une rage sans éclats, a déchiré devant moi la missive il ne me la donne pas à lire ; il la jette au panier » (LALF, 12). De prime abord, ce qui attire notre attention est l’utilisation de la métaphore « secoué d’une rage sans éclats » (LALF, 12). L’emploi de cette figure de style par analogie s’expliquerait par le désir de la narratrice de créer un effet sur le lecteur en rendant la colère paternelle la plus expressive et la plus impressionnante possible. Fort est de remarquer que quoique intense, cette fureur est, certes, sans agressivité apparente, mais elle recèle une violence symbolique. Par cette dernière nous avons fait référence à l’interception de la lettre par le père. En effet, cette défense est sans conteste un signe irréfragable du pouvoir masculin exercé sur la femme entre autres l’autorité paternelle. Affichant un désir viscéral de soustraire tout espace d’échange entre les deux genres, ce geste est expliqué par la narratrice comme une manière pour le père de dénoncer le caractère impudique de cette invitation à l’échange. C’est ce qui est perceptible dans la phrase suivante : « Indécence de la demande aux yeux du père » (LALF, 12). De fait, l’utilisation du substantif « indécence » connote parfaitement cette idée d’impudicité qui se trouve, céans, dédoublée d’un autre sens. En effet, pour le père, cette demande signe « les préparatifs d’un rapt inévitable » (LALF, 12). Nous pouvons lire dans l’idée d’un enlèvement illégal, la référence au détournement des lois morales. Finalement, il s’agit d’une lecture qui place la relation femme/ homme à l’épreuve de la moralité. Conclusion Dans L’Amour, la fantasia, Djebar octroie une place éminente à celles qui dans les documents officiels ont été effacées. En effet, il appert au premier abord de cette œuvre le choix particulier de représenter des personnages féminins dotés d’une consistance perceptible essentiellement à travers leur présence en tant qu’instance dotée du droit à la parole. Il en découle que cette scène romanesque postcoloniale se présente comme un contre-espace au sein duquel les rapports de pouvoir sont abolis ou du moins remis en question à travers l’octroi de la voix aux subalternes. À la fin, nous pouvons, également, affirmer que dans L’Amour, la fantasia, un autre langage est susceptible de traduire « mieux que les mots prononcés » (Rocca 2004, 17) la condition

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=