AGAPES FRANCOPHONES 2023
Fatima Zohra LABED Centre Universitaire de Mila, Algérie 242 Dib est d ’ abord préoccupé par ce pouvoir de la prise de la parole, derrière lequel se dessine son projet idéologique, « le devenir algérien ». Il veille à ce que son personnage parle et agit contre ses conditions de vie sous le système colonial, puisque la parole appelle l ’ action. Rabeh Soukehal, dans Le roman algérien de langue française (1950-1990) , explique à merveille cette relation entre parole et action : « les mécanismes de la prise de conscience qui va de pair avec la prise de la parole, jusqu ’ au moment où la parole va se faire, va être action. » (2003, 31). Les ouvriers dans L ’ Incendie prennent la parole et décident de faire la grève. Hamid Seraj dans ce texte incarne l ’ action révolutionnaire qui s ’ impose face à la misère devenue insupportable. Boudjedra, dans La Vie à l ’ endroit , ne donne pas la parole, il dicte ses souvenirs à son narrateur. Son écriture s ’ appuie essentiellement sur la prolifération des mémoires (collective et individuelle). Si l ’ écriture de la guerre chez Dib s ’ inscrit dans « le devoir de témoigner » pour exposer la vie des indigènes, celle de Boudjedra est interpelée par le besoin de commémorer comme une formule thérapeutique, mais aussi comme un « devoir de mémoire » qui lutte contre l ’ oubli et qui engage les rescapés vis-à-vis des disparus (Tahar El Ghomri). A priori , même si ces romans sont le produit d ’ une implication dans l ’ amère réalité de la guerre, il n ’ en demeure pas moins qu ’ ils possèdent leur part de création. En fait, l ’ imagination est à l ’ origine de la création, elle permet à chaque écrivain de singulariser son écriture, sa position et son projet individuel. Dib, après l ’ écriture métaphorique et le témoignage direct, subvertit avec Ce qui se souvient de la mer le rapport d ’ analogie avec le réel et aboutit à une représentation « non- réaliste » de la guerre ; ce texte marque un tournant dans la production romanesque de l ’ auteur, il ne nous offre pas de lieux d ’ ancrage dans le monde réel, la guerre est dénoncée plutôt à travers la description de ses ravages et de son visage terrifiant pour annoncer une nouvelle Algérie où le colon n ’ est plus là. Dans un jeu continuel mêlant mémoire individuelle et mémoire collective, Boudjedra traduit une vision nouvelle de l ’ écrivain impliqué dans l ’ Histoire de son pays, dont les réminiscences nourrissent l ’œuvre littéraire . Bibliographie Textes de références B OUDJEDRA , Rachid, Le Démantèlement , Paris, Denoël, 1982.
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