AGAPES FRANCOPHONES 2023
Contestation et création dans la littérature algérienne d’expression française 241 De manière inattendue, le lecteur se trouve ainsi interpellé par le souvenir des obsèques du frère qui, à son tour, nous ramène aux années de l ’ insurrection nationale (1954-1962). La mémoire « hallucinatoire » de l ’ auteur a permis de tisser un lien délibéré entre l ’ assassinat inutile de Yamaha qui supportait le CRB et que son club a remporté la coupe d ’ Algérie et celui du frère aîné, médecin engagé dans les rangs de la Résistance, qui essayait d ’ opérer des maquisards pendant la guerre de libération. Yamaha et le frère aîné symbolisent deux moments séparés dans le temps, mais réunis par la violence des faits. En effet, ces deux violences historiques sont les seuls moments où le narrateur parle de la guerre d ’ Indépendance ; l ’ épisode de la prise des armes par Rac a été introduit dans le récit sans détails, nous ne savons rien de ses activités au maquis : « Quarante après, Rac eu l ’ impression d ’ enterrer un autre frère, son cadet celui-là : Yamaha. Les deux enterrements étaient identiques ou presque. » (VE, 120). On pourrait dire que ces deux événements s ’ associent ici pour transmettre un message d ’ espoir que Boudjedra puise du parallélisme entre une première guerre contre une force extérieure et une seconde guerre civile dont les ennemis et les motivations sont difficiles à cerner. Ainsi, contrairement à certains de ses romans et à ceux écrits par d’autres auteurs , à l ’ instar de Rachid Mimouni, la guerre civile prend racine dans les événements obscurs de la guerre de Libération. Dans FIS de la haine , roman ayant pour toile de fond les émeutes d ’ octobre 1988, Boudjedra écrit que c ’ est autour du néocolonialisme que le mouvement intégriste est né : « La guerre d ’ Algérie perdue par la France coloniale [...] a été regagnée benoîtement par la France néo- coloniale […] la francophonie a tenté de simplifier tout un peuple, toute une culture, toute une civilisation ; et surtout, elle a tenté de déraciner l ’ homme algérien, de le dépersonnaliser, de le débiliter, de l ’ assassiner en quelque sorte ! » (1992, 28-29). Conclusion Les romans étudiés dans le présent travail permettent de faire un rapide parallélisme entre Boudjedra et Dib en matière de l ’ écriture et de la contestation de la guerre d ’ Algérie. Bien que les deux écrivains se ressemblent par le choix thématique, la volonté de dénoncer la violence et les injustices, ils diffèrent complètement du mode scripturaire et représentatif.
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