AGAPES FRANCOPHONES 2023

Fatima Zohra LABED Centre Universitaire de Mila, Algérie 240 ancien camarade de combat est mort brûlé vif : « Sid Ahmed avait été brûlé vif, après avoir été arrosé d ’ essence, mais il n ’ avait pas dit un mot pendant dix jours et dix nuits de torture et de souffrance. » (D, 142). De surcroît, ses dialogues avec Salma permettent de lever le voile de silence épais sur certaines vérités camouflées, falsifiées, tuées, de rouvrir les plaies encore renfermées et de replonger dans le gouffre des conflits fratricides : « C ’ est vrai, nous avons eu nos traîtres, nos lâches et nos déserteurs, […] Si tu savais ! Chaque révolution a ses égouts, […] nous avons été obligés d’ abattre quelques ouvriers, quelques fellahs ! » (D, 184). De la même manière, pour ce qui est de la remémoration, le souvenir surgit également grâce à l ’ écriture. Sorti de sonmutisme, Tahar El Ghomri ose écrire ses souffrances et ses cauchemars sanglants dans un journal. Ce dernier constitue le déversoir dans lequel le personnage de Boudjdra se vide et se débarrasse de cette mémoire qui ne lui laisse plus jamais de repos. Miraculeusement rescapé, Tahar El Ghomri s ’ impose ici comme un acteur, un témoin et un transmetteur des faits, luttant ainsi contre l ’ oubli et la falsification de la réalité. C ’ est ce que Verena von der Heyden-Rynsch confirme dans cet extrait : « Le moi qui observe et écrit ne se contente pas de se dévoiler soi-même, mais révèle des événements restés jusqu ’ alors secrets, ensevelis par l ’ histoire, auxquels un éclairage personnel peut prêter une valeur sociale singulière. » (1999, 229). Tout comme Tahar El Ghomri, Rac, journaliste et personnage principal de La Vie à l ’ endroit , est passionné voire fasciné par l ’ écriture. En effet, l ’ assassinat de Yamaha par les terroristes constitue l ’ essence du récit. La date de l ’ enterrement de Yamaha, 26 mai 1995, se confond totalement avec celle du frère aîné : le 26 juin 1956. Cette coïncidence est propre à lui rappeler les funérailles de son frère. Le même jour sous-entend en effet qu ’ avec les guerres les jours se ressemblent, les massacres sont reproduits avec la même férocité, jour après jour. Boudjedra finit par avoir l ’ impression qu ’ il est en train de vivre une expérience d ’ horreur prolongée : « Rac se rappela les obsèques de son frère aîné décédé en 1956. Le même rituel. Les mêmes mots. La même atmosphère. Presque le même port. La même chaleur, à coup sûr. Cette similitude était tellement forte qu ’ elle était de l ’ ordre de la paramnésie et de l ’ hallucination. » (VE, 69).

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