AGAPES FRANCOPHONES 2023
Métou KANÉ Université Félix Houphouët- Boigny Abidjan, Côte d’Ivoire 252 17 000 morts depuis 20 ans Les autres Seulement 3 000 Comme si chaque mort Sur cette méditerranée N ’ était de trop Comme si chaque enfance noyée Chaque espoir hachuré Chaque rêve excisé N ’ était de trop (Guébo 2018, 50) Le premier vers annonce le climat du désastre au moyen d ’ une comparaison entre la mer et la mort – « À la mer comme à la mort » – comme pour poser cette équation : LAMER = LAMORT . Il s ’ en suit le décompte macabre – « 17 000 morts en 20 ans » et « Les autres/ Seulement 3000 ». Le terme – « seulement » – est, par essence, réducteur comme pour affirmer que le seuil de la tragédie n ’ était pas encore atteint. En l ’ espèce, c ’ est, au mieux des cas, un mépris ; et, au pire, une offense pour ces âmes qui ont péri en mer. Face à cette situation, Josué Guébo est intrigué et dénonce un dénombrement puéril que traduisent les quatre derniers vers : « Comme si chaque enfance noyée/ Chaque espoir hachuré/ Chaque rêve excisé/ N ’ était pas de trop ». La réaction du Guébo se veut une accusation qui sous-tend que ces pertes en vies humaines pouvaient être évitées, si avait été traduite en acte l ’ assistance à personne en détresse. 2.2. De la tragédie du conflit ivoirien chez Kissy La rébellion qui éclate en Côte d ’ Ivoire, à la suite du coup d ’ État manqué dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, brise l ’ histoire de paix qui caractérisait le pays depuis son accession à l ’ indépendance. Sur fond de désaccord politique, la méfiance a pris le pas la confiance et cela contraint l ’ entente dans une réclusion. Les zones géographiques coïncident désormais avec des étiquettes politiques. Ainsi, est planté, sans autre forme de procès, le décor de la tragédie tel que l ’ annonce ces vers : Tant de mots hideux de maux odieux oh Dieu l ’ Éburnie pervertie travestie n ’ est plus qu ’ une lande une bigarrure : bleu est le Nord noir est l ’ Ouest
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