AGAPES FRANCOPHONES 2023

Songe à Lampedusa de Josué Guébo et La Mère rouge de Cédric Marshall Kissy ou le refus de la déchéance humaine 253 rouge est le Sud gris est l ’ Est jaune est le Centre (Kissy 2020, 24) La multitude de couleurs – « bleu », « noir », « rouge », « gris », « jaune » – , par essence, n ’ augure rien de désastreux ; si l ’ on en croît les propos d ’ Amadou Hampâté Bâ : « […] La beauté d ’ un tapis provient de la variété de ses couleurs. Ainsi en va-t-il de l ’ Humanité. » (1972, 34). Dans le contexte, ci-dessus, cette diversité de couleurs traduit une atmosphère délétère en raison de la présence des mots – « pervertie », « travestie », « lande » et « bigarrure » – qui traduisent la mésentente, l ’ absence de cohésion. Une telle atmosphère constitue un terreau fertile où prospèrent les germes de la division ; creusant davantage l ’ écart entre les populations, amplifiant le climat de méfiance. La Côte d ’ Ivoire devient ainsi une poudrière prête à exploser. Le 19 septembre 2002, la déflagration a lieu par la faute de citoyens d ’ un même pays décidés à recourir aux armes en vue de régler leur différend. Et cette parenthèse durera dix ans. Mais cette décennie de crimes et de toutes les surnatures endeuille la Côte d ’ Ivoire d ’ Est en Ouest, du Nord au Sud, en passant par le Centre. Tel est le sens de cette cartographie tragique que nous décrit le poète dans les extraits ci-dessous : à Bouaké une effroyable bourrasque sonnait la désunion entre peuples entre peuples frères entre confessions sœurs entre groupes ethniques liés à travers les décennies à Man des fissures inoculaient au mont Nimba une dose de venin qui écrivait des céphalées orageuses sur tous les cœurs divisés ridés bridés et vidés du sang de l ’ amour au mauvais jour à Abobo un cri de douleur inodore d ’ une mère pleurant ses fils disparus brisait défaisait la chaîne des cœurs qui longtemps s ’ accordaient au désaccord (Kissy 2020, 45-46)

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