AGAPES FRANCOPHONES 2023

Les curiosités religieuses de Pierre Du Jarric : une vision alternative des Indes orientales et de la France 25 celle-ci : pourquoi Du Jarric, qui est si méticuleux et prudent avec ses sources, a-t-il établi un parallèle entre les dieux/diables indiens et le pape ? L ’ idole indien porte sur sa tête une « triple couronne » qui ressemble à la tiare pontificale tandis que les quatre dents et les quatre cornes sont des caractéristiques attribuées au dragon de la littérature apocalyptique. Nous n ’ avons pas une réponse claire à cette question mais nous sommes de l ’ avis que cette anecdote pourrait être vue comme une critique voilée du pape qui se mêlaient dans la politique interne de la France et comme une mise en garde de celui-ci contre l ’ essor du sentiment religieux gallican au sein de la France, royaume prééminent de la chrétienté. Le gallicanisme n ’ était certes pas une doctrine parfaitement définie et circonscrite mais elle désigne un courant politique et spirituel qui vise à séparer les interventions du pape dans la gestion des affaires politiques de France. Les points principaux de cette doctrine sont : affirmer la supériorité des conciles sur le pape, réclamer l ’ autorité du roi de France sur l ’ ensemble de ses sujets, y compris le clergé catholique et préserver les droits des parlements qui se veulent les dépositaires et les interprètes de la volonté royale. Pour citer Claude Sutto « selon que l ’ on était théologien, évêque, ou parlementaire, les libertés gallicanes n ’ avaient pas le même sens ni la même extension » ( Henri IV et les Jésuite s 19). Or les Jésuites se distinguent par leur obéissance indéfectible au pape et en France de nombreuses personnes soutenaient qu ’ en raison de cette loyauté, les jésuites ne pourraient jamais s ’ intégrer dans leur société. Antoine Arnauld, avocat au parlement de Paris, s ’ exclame que le système de croyance des jésuites se résumait de la manière suivante : « Un Dieu, un pape, et un roi de la Chrétienté, le grand roi catholique et universel ». Cette phrase, selon lui, ressortait le rejet des fondements les plus sacrés de la société française en « une loi, un roi, une foi » ( Plaidoyé fo 18 v o dans The King, The Jesuits and the French Church 1594-1615, Nelson 1998, 40). Il va de soi que dans une France déchirée par les guerres de religion, la Compagnie de Jésus attaché à la figure du Souverain Pontife attire de maintes avanies et jalousies. Les protestants se sentaient à bon droit menacés mais il y avait un grand nombre de catholiques qui ne pensaient pas autrement. Déjà en 1494, le pape Alexandre VI signe le traité de Tordesillas qui partage les

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