AGAPES FRANCOPHONES 2023

Resignification des insultes et autodésignation dans la communauté LGBTQ+ francophone 283 • Injures qui stigmatisent l’identité sexuelle des hommes homosexuels ; • Injures qui stigmatisent les pratiques sexuelles des femmes homosexuelles ; • Injures qui stigmatisent l’identité sexuelle des femmes homosexuelles. Comme on peut le constater, les insultes ont un sens et une forme et, en tant que « mots », elles appartiennent au lexique général ; cela implique qu’ elles peuvent se charger de tout type de connotations et acquérir n’importe quelle nuance de sens, selon le contexte d’emploi (Garric 2007). Laurence Rosier et Philippe Ernotte (2000, 3) soulignent que Nous appelons insultes les formes typiquement linguistiques de l’injure (laquelle possède également des formes gestiques, mimiques ou d’indifférence méprisante) mettant nominalement en cause l’individu dans son appartenance décrétée (insulte essentialiste : Pédale ! ) ou dans son être supposé révélé par une situation déterminée (insulte situationnelle : Feignasse ! ) L’étude diachronique de l’insulte « pédé », en particulier, permet de relever et d’observer ces glissements sémantiques, parfois si profonds que la signification primaire change radicalement (Lorenzi 2017). Dans différentes communautés LGBTQ + occidentales, la réappropriation de l’insulte homophobe (Bianchi 2014) a été un outil clé pour la déconstruction d ’ un regard discriminatoire. Des insultes telles que queer dans les pays anglophones et shwul dans les pays germanophones (Maturi 2013) ont, au fil du temps, subi un véritable renversement sémantique, notamment par la communauté militante, perdant leur connotation négative, et en devenant des « appellatifs militants » (Paveau 2019b, 5). À propos du réinvestissement du lexème queer , Judith Butler (2004, 136) dit que : Je pense toujours que certains mots sont si blessants qu’il est très difficile d’imaginer que les répéter puisse être bénéfique ; néanmoins, je dois reconnaître que répéter encore et toujours le mot queer dans le cadre d’une pratique d’affirmation de soi a permis de l’extraire de son contexte originel, exclusivement injurieux, et que c’est devenu une question de réappropriation du langage, une question de courage aussi, d’ouverture du mot, de possibilité de transformation du stigmate en quelque chose de plus valorisant. Or, d’un point de vue performatif, la racine commune de l’offensivité des slurs est identifiée dans leur fonction d’attaque des individus en vertu de leur simple appartenance à un groupe,

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