AGAPES FRANCOPHONES 2023
Michele BEVILACQUA Université de Salerne, Italie 284 et en même temps d’incitation à partager un certain point de vue sur ces individus, voire à adopter un comportement discriminatoire à leur égard. Nous avons vu comment les slurs ne se contentent pas de décrire des individus et des groupes avec des connotations négatives et péjoratives, mais contribuent également à fomenter la division et l’hostilité, à donner lieu à des classifications et à des hiérarchies qui, à leur tour, légitiment des comportements de discrimination et de violence. Lynne Tirrell (2012) identifie trois autres caractéristiques des slurs qui soulignent leur pouvoir performatif : • Les slurs ont avant tout pour fonction de tracer une ligne de démarcation entre le groupe d’appartenance et le groupe d’exclusion, entre ceux qui font partie du groupe et ceux qui n’en font pas partie : autrement dit, elles servent à désigner certains individus comme n’appartenant pas à notre groupe, à les marquer comme étant différents de nous, à construire un « nous » et un « eux ». • Les slurs jouent alors un rôle d’essentialisation des catégories sociales. Certaines étiquettes communiquent un message négatif qui semble porter sur des aspects essentiels des cibles, sur des traits qui peuvent être ramenés à leur « nature ». De fait, elles semblent présupposer, entre le groupe d’appartenance et le groupe d’exclusion, des différences intrinsèques (dans certains cas même biologiques), qui seraient à leur tour à l’origine de différences morales ou culturelles, en renforcent ainsi la hiérarchie sociale. • Les slurs incitent à l’action : elles incitent à certaines actions et, ce faisant, les légitiment, délimitant les types de traitement autorisés et appropriés à l’égard des individus ciblés. Effectivement, cette caractéristique est d’autant plus problématique s’il existe un lien avec le s réseaux de discrimination, y compris, mais pas seulement, les réseaux institutionnels, avec toute leur histoire d’oppression et de censure sociale. Le lien avec des appareils plus vastes et organisés ne doit cependant pas être conscient : on peut prendre part à une pratique vicieuse de subordination de manière superficielle, simplement en utilisant des mots à la légère. Cependant, Bianchi (2015a) considère qu’il est possible de distinguer au moins deux types de contextes d’utilisation par les
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