AGAPES FRANCOPHONES 2023
Resignification des insultes et autodésignation dans la communauté LGBTQ+ francophone 285 membres du groupe cible qui sont généralement considérés comme non offensants : 1. les contextes amicaux, dans lesquels les membres du groupe cible utilisent la slur de manière non offensante pour exprimer leur solidarité et leur intimité d’une manière qui n’est pas nécessairement consciemment politique ; 2. les contextes de réappropriation réelle, dans lesquels les associations de défense des droits des groupes concernés revendiquent l’utilisation de la slur comme instrument de lutte politique consciente (c’est le cas de « queer »). Dans ce type de contexte, on peut également inclure les utilisations par des artistes (écrivains, poètes, auteurs de chansons, dramaturges, comédiens) qui se réapproprient les slurs pour subvertir les normes socioculturelles dominantes. Le potentiel offensant d’une slur contribue au contenu (au sens étroit ou large) dans chaque contexte. Le problème qui se pose alors est d’expliquer comment il est possible que toutes les occurrences de la slur ne soient pas offensantes, comme dans le cas des utilisations réappropriées. Si l’offense fait partie de la signification (exprimée ou transmise), comment peut-il y avoir des utilisations non offensantes ? Du point de vue du contenu, l’expression « pédé » serait ambiguë entre un sens offensant (dans les usages des non- membres du groupe cible) et un sens non offensant (dans les usages des membres du groupe cible) ; mais ni les stratégies sémantiques ni les stratégies pragmatiques ne clarifient de manière satisfaisante pourquoi un non-membre ne peut pas légitimement utiliser le sens non offensant de « pédé » (ou vice-versa). L’approche de Christopher Hom (2008) et Jennifer Hornsby (2001) est tout à fait différente en ce qui concerne les contextes de réappropriation réels, dans lesquels les associations défendant les droits des groupes concernés revendiquent l’emploi de la slur en tant qu’instrument de revendication identitaire. Selon Hom (2008), la pratique politique de réappropriation par les membres du groupe cible permet de : a) de s’emparer du pouvoir politique des racistes, en transformant l’un de leurs instruments de discrimination ;
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