AGAPES FRANCOPHONES 2023
Michele BEVILACQUA Université de Salerne, Italie 286 b) de renforcer les membres, en les désensibilisant à l’offense ; c) d’exprimer la solidarité et l’intimité, en consolidant le lien entre les membres du groupe ; d) rappeler au groupe cible son statut d’objet de discrimination. Pour sa part, Hornsby (2001) souligne d’autres caractéristiques de la réappropriation, qui ne se limite pas à donner un nouveau sens au terme incriminé. Les usages communautaires sont en effet : e) des utilisations par des individus ou des communautés qui s’opposent ouvertement aux attitudes des utilisateurs habituels des slurs ; f) des usages qui ne se contentent pas de remplacer ceux qui sont offensants : ils jouent sur le fait que le mot a un sens offensant. Quant à Bianchi (2014, 2015a), pour elle ces usages doivent être conçus comme des « usages échoïques » : les membres du groupe cible se font l’écho d’usages offensants et dénigrants dans des situations qui montrent clairement que ces usages ne sont pas partagés. Dans de nombreux contextes, l’effet est ironique : on se fait l’écho de pensées ou d’énoncés que le locuteur attribue à d’autres afin de s’en dissocier ou de s’en moquer. On prend un exemple d’usage amical, dans lequel un membre du groupe cible utilise une slur de manière non offensante pour exprimer sa solidarité et son intimité d’une manière qui n’est pas nécessairement politiquement consciente. L’énoncé, par le locuteur A, un homme homosexuel, adressé au locuteur B, un autre homme homosexuel, de l’énoncé « François est un pédé » (faisant référence à un savoir commun) ferait tacitement écho non pas tant à un énoncé ou à une pensée attribuée à autrui qu’à une représentation dotée d’un contenu conceptuel, une sorte de norme culturelle, morale ou sociale homophobe selon laquelle les homosexuels sont des individus qui méritent le mépris ou la dérision. Dans un usage non offensif de l’énoncé « François est un pédé » , le locuteur A veut informer l’auditeur de sa réaction à la norme homophobe dont il se fait l’écho par l’emploi de l’expression « pédé » . L’attitude exprimée est celle de la critique, de la dissociation ou de la moquerie et de la dérision. Le locuteur A suggère que l’énoncé ou la pensée selon laquelle les
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=