AGAPES FRANCOPHONES 2023

Resignification des insultes et autodésignation dans la communauté LGBTQ+ francophone 287 homosexuels sont des individus méritant le mépris ou la dérision (entretenus par un autre individu, un groupe ou des personnes en général) est inapproprié, blâmable ou ridicule. La proposition échoïque n’engage pas tous les membres du groupe cible à adopter la même attitude dissociative : la gamme des attitudes dissociatives peut aller du détachement à la moquerie, en passant par la critique féroce, etc. L’utilisation par le locuteur A de l’énoncé « François est un pédé » ne semble pas mentionner un énoncé ou une pensée, mais représenter un état de fait, celui exprimé par la contrepartie neutre « François est un homosexuel ». Dans « François est un pédé », le locuteur A est engagé dans la vérité de l’assertion (que François est homosexuel), mais pas dans l’offense communiquée (exprimée ou transmise) par « pédé ». 4. La réappropriation de « pédé » entre resignification et autodésignation Comme on l’a vu, l’attribution d’un nouveau signifié à un élément lexical injurieux existant du lexique francophone de l’homosexualité masculine concern ant l’ insulte « pédé », produit d’une revendication identitaire mise en œuvre par le mouvement homosexuel français militant (Goetzmann 2001). Le lexème est attesté en 1836 dans les dictionnaires et dérive de « pédéraste », décrit par le TLFi comme : « Homme qui éprouve une attirance amoureuse et sexuelle pour les jeunes garçons, enfants ou adolescents ; p. ext ,. Homosexuel. ». Le dictionnaire explique que le lexème était d’abord lié à la sphère discursive de la pédophilie, utilisée dans un registre linguistique familier , puis s’est étendu sémantiquement comme injure liée aussi à l’homosexualité masculine. En fait, l e DHLF précise que : « Le mot, rare avant le XIX e s., se diffuse en prenant la valeur erronée d’ "homosexuel" , quel que soit l’âge du partenaire. C’est avec cette acception fautive qu’il est abrégé en PÉDÉ n. m. (1836 ; répandu au XX e s.) souvent utilisé comme terme injurieux ». La diffusion de l’ insulte avec la valeur erronée d’« homosexuel » à connotation négative subit, après les années 1950 et 19 60 un chemin sémantique d’inversion de la connotation péjorative, voulu et réalisé par le mouvement homosexuel français qui voulait lui faire perdre sa force en tant qu’insulte , en investissant positivement :

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