AGAPES FRANCOPHONES 2023
Michele BEVILACQUA Université de Salerne, Italie 288 Quelque temps revendiqué par les militants homosexuels qui se sont attachés à lui faire perdre son caractère infamant, pédé a tendu, au début des années 1980, à disparaître au profit de gai […]. (DFHM) Dans cet emploi, pédéraste a été, depuis les années 1950-1960 remplacé dans l’usage courant par l’abrev. pédé , puis par homo et gay non péjoratifs. (DCLF) À ce moment-là, les insultes deviennent des signes de fierté identitaire et collective. Comme le soutient Butler (2004, 252), Le nom que l’on reçoit est à la fois ce qui nous subordonne et ce qui nous donne un pouvoir, son ambivalence produit la scène où peut se déployer la puissance d’agir ; il produit des effets qui excèdent les intentions qui le motivent. Reprendre le nom que l’on vous donne, ce n’est pas se soumettre à une autorité préexistante, car le nom est ainsi déjà arraché au contexte qu’il avait auparavant, et prend place dans un travail de redéfinition de soi. Le mot injurieux devient un instrument de résistance au sei n d’un redéploiement qui détruit le territoire dans lequel il opérait auparavant. Ce phénomène de bouleversement sémantique a conduit à la transformation de la composante connotative de la signification originelle de « pédé », vidant le lexème du lien avec l’homosexualité masculine, et le rendant une insulte sans contenu injurieux : « Avec l’évolution des mœurs, le mot, synonyme d’ homo , est devenu moins péjoratif, sauf à correspondre à une injure sans contenu ( sale pédé ! , bande de pédés ! , même entre filles). » (DHLF). Comme le montre le DHLF, le lexème « pédé » est aussi utilisé pour désigner les filles, mais sans connotation injurieuse liée à l’orientation sexuelle et affective, donnant lieu à des syntagmes tels que « fille à pédé », décrit comme : « Dans le milieu homo, on désigne parfois ainsi une femme appréciant la compagnie des homos. » (DFHM). De plus, Marie-Émile Lorenzi (2017, 4) souligne que « se réapproprier l’insulte, la honte, le stigmate, tend à rendre inefficace leur portée infamante. Ce processus autodéfinitionnel concourt également à interroger l’affirmation identitaire ». En ce qui concerne l’usage actuel de l’ insulte « pédé » en français, certains dictionnaires soulignent qu’il tend à régresser en faveur d’autres lexèmes non péjoratifs : Ce terme désobligeant tend à reculer devant homo et gay dans l’usage courant. (DCLF) […] pédé a tendu, au début des années 1980, à disparaître au profit de gai ; mais on le rencontrait dans des annonces de rencontre […]. (DFHM)
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