AGAPES FRANCOPHONES 2023

Michele BEVILACQUA Université de Salerne, Italie 292 Or, il est clair que la resignification chez les personnes LGBTQ+ n’est pas sans contexte énonciatif. Elles ont la particularité d’accomplir une double resignification : d’une part elles resignifient « pédé » en le resémantisant, voire en le relexicalisant, selon des procédés comme l’autodénomination ; d’autre part , elles procèdent à une condamnation du discours stigmatisant ou, autrement dit, à un renversement de l’ordre du discours et de la domination discursive. Le processus de remise en jeu des discours insultants est donc double et l’on est confronté à une protestation complexe sur le plan à la fois discursif et sémantico-pragmatique. Remarques pour conclure En revendiquant l’emploi de certaines insultes, les personnes LGBTQ+ francophones échappent au processus d’interpellation et manifestent l’importance d’agir sur le terrain de la dénomination afin d’être acteurs et actrices de leur propre énonciation. Selon Tirrell (1993), les processus de réappropriation identitaire offrent un plus grand contrôle sur son image discursive et sur le récit que l’on fait de soi ; autrement dit, dans notre cas, le groupe établit lui- même ses propres frontières, sa propre compréhension, limitant dès lors l ’éventualité pour les personnes qui lui sont extérieures d’interven ir dans sa dénomination. Notre analyse a mis en évidence certains aspects connotatifs de l ’ insulte « pédé » à travers l’observation des contextes d’emploi, permettant de comprendre comment les insultes véhiculent les croyances, les conventions et les idées des locuteurs. En effet, force est de constater que « les mots ne sont pas neutres, parce que leur usage les imprègne d’un surplus de signification qui s’intègre progressivement à leur définition même » (Pétard 2007, 278). De plus, en opérant directement sur la langue, les locuteurs font du principe d’autodéfinition un enjeu nécessaire à leur constitution en tant que sujets (Lindemann Nelson 2001). fièrement afin d’en diminuer la violence et rendre sa portée inefficace. Il nous constitue pleinement et nous le renvoyons au visage d’un système qui nous ostracise et nous efface. Il nomme notre appartenance à une autre histoire, raconte des vies à la mar ge, cette manière différente de se mouvoir dans l’espace, de vivre avec soi -même, le groupe, les autres hommes. Il résume à lui seul le fait d’être “ autre ” . Ce mot est écrit depuis la France hexagonale, depuis l’Occident, en miroir d’une histoire située. Il renvoie donc à un imaginaire spécifique que nous ne pouvons ignorer lorsque nous l’employons. » (Manelli 2023, 8-9).

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