AGAPES FRANCOPHONES 2023
380 qui peuplent d’autres romans soumis à l’analyse dans le volume sont hantés soit par la perspective des changements historiques imminents, soit par les traumas du passé. Dans les deux cas, l’examen de s mécanismes du comportement des personnages met en lumière des vulnérabilités (même chez le Fils de Dieu) et des traces d’humanité (même au tyran le plus cruel, voir S taline) identifiables dans plusieurs époques, de l’Antiquité jusqu’au début du XXI e siècle. La contribution de Claudiu Gherasim qui porte sur le roman Soif d’Amélie Nothomb (2019) réfléchit au jeu subtil entre humain et divin, entre corps et spiritualité (51) chez Jésus- Christ avant d’être crucifié. Le roman donne la parole à un Jésus humanisé, en proie de l’agitation et de la révolte contre le monde et contre le Père en même temps. Claudiu Gherasim identifie l’ironie en tant que moyen de se protéger contre les maux extér ieurs et de mettre en scène l’individualité exceptionnelle de Jésus. Il érige un portrait du protagoniste où des éléments comme la peur, la honte, le regret, l’amour, le bonheur ressenti en pensant aux moments du passé donnent à voir un homme comme n’importe quel autre. L’accent tombe sur le côté matériel du portrait du protagoniste et sur ses troubles psychologiques à travers le monologue remémoratif et intérieur. Claudiu Gherasim identifie la présence de la méthode proustienne dans la remémoration, ce qui se matérialise dans la peur de crucifixion. Si Nothomb adopte l’expression directe (65) dans cette autobiographie apocryphe, Gherasim agit de la même façon dans son approche. Il défend la position de l’écrivaine dont l’intention n’avait pas été – selon lui – de désacraliser l’histoire biblique, mais de mettre en évidence le côté humain du Fils de Dieu. L’approche comparative d’Amalia Bolcu sur le chronotope dans les romans Karpathia (2014) de Mathias Menegoz et Le Château des Carpathes (1892) de Jules Verne a pour but d’identifier la façon dont les protagonistes – issus d’anciennes familles de nobles – se rapportent au lignage et au contexte dans lequel ils vivent. Si Jules Verne favorise l’histoire personnelle et la question stricte de la descendance familiale, Menegoz place le destin des personnages dans le vaste tableau des troubles de longue durée de deux nations ennemies, les Roumains et les Hongrois. Les conflits de 1784 et de 1835 sont souvent présents dans la trame narrative de Menegoz. L’autrice recherche des
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