AGAPES FRANCOPHONES 2023

381 points d’ancrage de la fiction dans la réalité tant du point de vue spatio-temporel, que du point de vue des personnages : la famille noble Gortz du roman vernien aurait un équivalent attesté, la famille Cândea, une des plus anciennes familles roumaines de Transylvanie (82). Dans le roman vernien le chronotope tient plutôt du côté du réel, tandis que dans le roman de Menegoz le protagoniste se rapporte surtout affectivement à son fief transylvain, ce qui transforme ce dernier dans un chronotope idyllique (85). Quant à Andrada Tecar, elle analyse le va-et-vient entre réalité et fiction afin de construire la biographie romancée et humanisée de Roman Gary et de reconstituer la vie des Juifs de Vilnius d’avant la guerre dans le roman Un certain M. Piekielny (2017) de François-Henri Désérable . L’illusion du réel est transmise tantôt par l’emploi des « petits faits vrais » (140), tantôt par l’appel aux dossiers, aux photos et aux archives. L’image de l’adulte insignifiant, malchanceux, vivant en marge de la société se construit, à l’avis d’Andrada Tecar, in absentia (146). Le souvenir flou de son existence devient prétexte pour construire une identité propre à ce « Monsieur Piekielny » (141) et pour transformer « un certain » en symbole du monde juif et des atrocités subies pendant la Seconde Guerre Mondiale. La fiction fonctionne comme une sorte d’excuse générique dans ce cas, conformément à l’autrice . La démarche critique de Felicia Salasan insiste elle aussi sur une pseudo-biographie alternant réalité et fiction sous la forme du roman pseudo-historique Le divan de Staline (2013) de Jean- Daniel Baltassat. En utilisant la méthode déductive, l’autrice met en évidence la manière de Baltassat de transformer des « personnes historiquement vérifiables » (115) en personnages littéraires et inversement (le peintre Danilov, Lidia Vodieva). L ’ébauche du contexte historique n’est qu’un prétexte pour Baltassat de se concentrer sur la figure du protagoniste Staline, l’homme vieillissant et moins le dictateur provocant des traumas. Il est à remarquer l’originalité de la fiche signalétique détaillée du protagoniste – adulte comme les autres ou pas trop ? – réalisée sur le modèle d’analyse proposée par Pierre Ajame dans son dictionnaire 300 héros et personnages du roman français (1981). Enfin, la contribution de Laura Boboescu sur L’Insouciance (2016) de Karine Tuil privilégie une typologie humaine constituée des soldats, politiciens et hommes

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