AGAPES FRANCOPHONES 2023
Sanda BĂDESCU Université de l’Île -du-Prince-Édouard, Canada 38 Ses excuses pourtant sont teintes d ’ explications portant sur la conjoncture et la faiblesse. D ’ abord, il trouve le ruban par accident. Dans la description qu ’ il donne, le lecteur est amené presqu ’ à croire à un hasard, ce qui est plus difficile à défendre en connaissant le sentiment de frustration envers Mlle Pontal. Cependant, selon Montaigne, le hasard n ’ a aucun rôle dans le vrai repentir : « J ’ ay encouru quelque lourdes erreurs en ma vie et importantes ; non par faute de bons advis, mais par faute de bon heur. […] J ’ accuse ma fortune non pas mon ouvrage ; cela ne s ’ appelle pas repentir » (Montaigne 792). L ’ action doit être jugée en soi, non pas par le biais de la fortune (le hasard), soutient Montaigne. Ensuite, Rousseau fournit une autre circonstance atténuante, plus explicite : une conversation en privé avec Monsieur de la Roque aurait résolu la situation et elle l ’ aurait désarmé : « Si Monsieur de la Roque m ’ eût pris à part, qu ’ il m ’ eût dit : “Ne perdez pas cette pauvre fille ; si vous êtes coupable, avouez-le- moi”, je me serais jeté à ses pieds dans l ’ instant, j ’ en suis parfaitement sûr » (127). Mais ce tête-à-tête n ’ est jamais venu. Comme il accuse le hasard, il accuse aussi les circonstances. Les circonstances ont été telles qu ’ il n ’ a pas pu reconnaitre sa faute. Sa faute résiderait dans la faiblesse. Il ne s ’ accuse pas d ’ un vrai tort mais d ’ un défaut de constitution. De son côté, Montaigne se montre prudent à propos des défauts « naturels » : Quant à moy, je puis me désirer en general ester autre ; je puis condamner et me desplaire de ma forme universelle, et supplier Dieu pour mon entière reformation et pour l ’ excuse dema foiblesse naturelle. Mais cela je ne le doits nommer repentir, non plus que le desplaisir de n ’ estre ny Ange ny Cato n. 13 ( 791) Le philosophe humaniste ne reconnaît aucune justification tirée de sa faiblesse naturelle, défaut qui ne peut pas être évoquée dans un repentir véritable. 5. Regrets Sur le sujet des regrets, Montaigne est ferme : il n ’ en a pas : En tous affaires, quand ils sont passés, comment que ce soit, j ’ y ay peu de regret. Car cette imagination me met hors de peine, qu ’ ils devoyen t 14 ainsi 13 Caton est une des figures de l ’ Antiquité pour laquelle Montaigne éprouve de l ’ admiration ; il est le sujet de son essai 3 du tome 1. 14 Détourner quelqu ’ un du droit chemin.
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=