AGAPES FRANCOPHONES 2023

Les couleurs de la violence et leur valeur littéraire chez Jacques Prévert 69 Dans l ’ exemple (2), tiré de « Cagnes-sur-Mer », poème vivement antimilitariste, l ’ épithète « des voix livides » (représentant une combinaison d ’ une métaphore sonore et de celle de couleur) est suivie de deux autres épithètes ayant, à priori, une connotation appréciative, à savoir « intrépides » et « autorisées ». Pourtant, ces deux dernières épithètes mises ensemble, nous sommes en présence d ’ un paradoxe, puisque, normalement, l ’ intrépidité ne sous-entend aucune autorisation d ’ agir donnée par qui que ce soit. Ainsi, l ’ épithète « intrépides » a-t-elle une valeur antiphrastique dans ce contexte, accentuant davantage la connotation négative du livide, ce dernier traduisant une loyauté criminelle de certains artistes par rapport au régime et à la guerre menée par ce dernier, et symbolisant la mort, ce qui se voit par le biais de la mention des bourreaux et des charniers, les deux lexèmes renvoyant à l ’ idée de la mort. Conclusion Pour dresser le bilan, nous noterons que la représentation de la violence par la couleur dans les écrits de Jacques Prévert peut être classée en trois principaux axes : la violence de l ’ État contre l ’ homme, la violence de l ’ homme contre l ’ État et la complaisance pour la violence. Le premier axe contient des représentations de la guerre et de l ’ oppression par des métaphores de couleur basées sur le rouge, le noir, le jaune, l ’ or et le blanc, toutes ces couleurs étant dotées d ’ une connotation négative. Quant à la violence de l ’ homme contre l ’ État, elle est représentée sous forme de révoltes ou révolutions et se voit dépeinte par des métaphores de couleur avec le rouge pour base, le rouge adoptant une valeur vivement appréciative et traduisant l ’ idée du renouveau et de liberté. Finalement, le troisième axe comprend les images des acolytes des régimes criminels représentés par les couleurs comme le blanc, le blême et le livide – couleurs a priori inexpressives qui semblent traduire le caractère impersonnel de cet acolytisme. Les principaux procédés langagiers, servant à traduire la valeur des couleurs citées ci-dessus, sont la métaphore, l ’ épithète, l ’ antithèse, la personnification, l ’ antiphrase, ainsi que la transformation de certaines expressions idiomatiques.

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