AGAPES FRANCOPHONES 2024

Douadélet Camus MECASSON _____________________________________________________________ 102 Il a gravi la route amère le Nègre La route aux mille épines qui mène aux esclavages À coups de sang d’acier de scie Ils ont broyé la vie sur son corps de volcan Et son cœur est le noir tombeau Où palpitent les siècles de cadavres amoncelés Mais il voit sourire le jour le Nègre […] Les jours seront de soie sur les rires retrouvés Les peuples chanteront les heures d’avenir […] Au-delà des colères muettes Voici que s’élève grave La flamme multicolore de la liberté Nègre . (Diop 1973, 46) Le poème débute par la description des peines endurées par le Nègre. Et la clarté du jour vient radicalement heurter ces moments pénibles et obscurs qui entravaient sa liberté : « Mais il voit sourire le jour ». « Le sourire du jour » est la métaphore de l’éclat lumineux qui s’oppose énergiquement aux ténèbres, expression de l’emprise coloniale sur peuple noir. Sa libération est, donc, ponctuée par « la flamme multicolore de la liberté Nègre ». Cette « Liberté Nègre », du fait qu’elle survient péniblement après de longs et terribles moments de souffrance, revêt une signification variée pour le peuple africain, d’où son signal par une « flamme multicolore ». La conception mythique de la lumière, dans Coups de pilon , réside dans sa grande puissance à symboliser deux réalités fondamentalement existentielles pour une race crevant, comme le dit Césaire (1983, 22), au cachot du désespoir : il s’agit de la résilience et le courage de recommencer une vie nouvelle et de la libération. Conclusion Avec David Diop, la poésie sort de la logique de quête de la beauté formelle dans laquelle certains auteurs tentent de l’enfermer, pour exprimer un désenchantement. Dans Coups de pilon , la révolte poétique touche à la fois la forme et le fond du discours. Au niveau formel, l’œuvre laisse transparaitre une rupture systématique de la structure poétique, adoptant une structure plus chaotique et une célérité expressive du rythme, manifestation de l’idée de révolte que l’auteur entend suggérer. La métrique du discours poétique se présente comme l’un des marqueurs avant-coureurs de l’idéologie et du projet ayant motivé le geste d’écriture. Elle constitue d’ailleurs l’un des fondements du pouvoir d’envoûtement de la poésie, dont chaque composante – qu’elle soit typographique, lexicale, imagée ou rythmique – participe à la création du beau et du sens. L’ensemble concourt à susciter l’émotion. À ce propos, Giovanni Fontana souligne que, pour Pierre Garnier, en poésie 102

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