AGAPES FRANCOPHONES 2024

Révolte et résilience dans Coups de pilon de David Diop _____________________________________________________________ 101 Et les ombres trompeuses de la résignation // fuiront éperdues mon soleil de Ghâna » (« Appel », 42) Un sombre soleil siffleur de fer // emportera des kilomètres de sueur […] Voici que s’élève grave // la flamme multicolore de la Liberté Nègre (« Liberté », 46) 4 Ces vers lumineux traduisent une affectivité euphorique et rendent compte de l’intense émotion du nègre qui espère son bonheur et sa joie de vivre en Afrique. On peut remarquer, à travers Coups de pilon , que la présence de la lumière est signe de gloire et de félicité. A contrario , la détérioration de ce bien-être est indiquée par l’extinction subite de la lumière. Cet extrait, tiré du poème « Celui qui a tout perdu », en témoigne : Le soleil riait dans ma case Et mes femmes étaient belles et souples Comme des palmiers sous la brise des soirs […] La lune, maternelle, accompagnait nos danses […] Puis un jour, le silence… Les rayons de soleil semblèrent s’éteindre Dans ma case vide de sens (Diop 1973, 34-35) David Diop poétise la plénitude de l’existence à travers le code symbolique de deux astres lumineux : l’astre du jour, « le soleil » et l’astre de la nuit, « la lune ». L’affectivité euphorique portée par ces astres lumineux est traduite par leur personnification : « le soleil riait », « la lune, maternelle, accompagnait nos danses ». Le « rire du soleil » rime avec l’éblouissement des femmes noires qui sont « belles et souples ». L’éclat de la lune qui dissipe puissamment les ténèbres favorise l’extase du poète et de son peuple. La lune devient cette mère au cœur affectueux qui guide les pas de son enfant et l’inonde toujours de joie par sa tendresse : « la lune, maternelle ». Ainsi, la brillance du soleil et l’éclat de la lune mêlée à la splendeur féminine concourent à la béatification du nègre. Cependant, la perte ou l’évanescence de ce bonheur est traduite par la disparition de la lumière : « Les rayons du soleil semblèrent s’éteindre // dans ma case vide de sens ». La fuite des rayons solaires vide l’existence humaine de sa substance vitale, c’est-à- dire qu’elle traduit une absence de sensation émotive et de vie : « ma case vide de sens ». La lumière, symbole de bonheur en Afrique, est, par ailleurs, symbole de libération inscrivant l’espoir d’un renouveau africain. Dans Coups pilon , on peut percevoir, à travers l’évocation de la lumière, la libération de tout le peuple africain pris dans le tourment du joug maléfique de la colonisation. La lumière représente ainsi, pour ce peuple noir, la fin du calvaire et l’avènement d’une ère nouvelle pleine de promesses. Le poème « Liberté » nous en dit plus : 4 Nous soulignons. 101

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