AGAPES FRANCOPHONES 2024

Notes de lecture _____________________________________________________________ 161 cette fois ci entre la Champagne ou les Vosges (« quelque part entre Strasbourg et Paris ») et la Transylvanie. Ces ressemblances sont cependant remises en question par l’auteur, pour qui l’Europe de la fin du XX e siècle, qu’il qualifie de « tiers espace », parait trop divisé par les conséquences de la guerre froide pour coexister. Le cinquième et dernier chapitre, « Sous le pont des Arts coule le Danube », qui fait office de conclusion à l’ouvrage, s’attarde sur le roman Pont des Arts (1998) afin de synthétiser l’esthétique de Tsepeneag. Ce texte met en lumière la position de l’auteur en tant qu’« écrivain-pont », partagé entre deux pays, deux langues, deux cultures, et situé à mi- chemin entre réalisme et onirisme, ayant contribué à bâtir un véritable pont littéraire entre ces mondes. Toutes les thématiques de l’auteur sont présentes. L’onirisme en premier, dont Margareta Gyurcsik affirme qu’il « sert à capter l’image du monde en mouvement reflétée dans le miroir aquatique » (42). L’onirisme est aussi au service de la célébration d’une double culture lorsque le roumain devient une langue d’usage dans la capitale française. L’intertextualité est aussi présente au sein du roman avec la présence de Pastenague, cette fois-ci en tant que personnage. La métatextualité et la réflexion sur la littérature occupe également une place importante. Tsepeneag s’intéresse ici aux relations entre les personnages et l’auteur, puisque comme dans Pigeon vole , les personnages s’autorisent à critiquer l’auteur et son style, lui reprochant son humour excessif et son manque de sérieux, en bref, son trop-plein de ludisme. « Un pont entre la Seine et le Danube » : quel titre pourrait mieux décrire l’œuvre de Tsepeneag ? Comme dans l’ouvrage de Margareta Gyurcsik, toutes les thématiques de l’auteur s’y trouvent : une double identité et une double culture entre deux pays, un décor réaliste et référencé, l’image surréaliste et onirique d’une liaison entre deux fleuves par un pont qui survolerait la terre, et le jeu sur les différents niveaux de signification du mot « pont ». Maxime GRÉGOIRE Sorbonne-Université, France/ Université de l’Ouest de Timisoara, Roumanie 161

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